Touveneraud, LETTRES, Tome 2, p.209

5 mar 1857 Auteuil, MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse

Elle se doit de prendre toutes ses précautions à l’égard des séparatistes et de l’esprit exclusif de la Compagnie ou de l’Oratoire. -Les travaux dans la propriété d’Auteuil.

Informations générales
  • T2-209
  • 804
  • Touveneraud, LETTRES, Tome 2, p.209
  • Orig.ms. ACR, AD 64; D'A., T.D. 22, n. 430, pp. 77-78.
Informations détaillées
  • 1 AGRICULTURE
    1 ANGLAIS
    1 ANIMAUX
    1 COLLEGE DE CLICHY
    1 ESPRIT D'OUVERTURE A L'ASSOMPTION
    1 LABOURAGE
    1 LIVRES
    1 TRANSPORTS
    1 VENTES DE TERRAINS
    2 BUHLER
    2 FABER, FREDERIC-WILLIAM
    2 JACQUES, OUVRIER
    2 LAMENNAIS, FELICITE DE
    2 MICHAUD
    2 PHILIPPE NERI, SAINT
    2 PICARD, FRANCOIS
    2 WILBERFORCE, ROBERT-ISAAC
    3 LONDRES
  • A LA R. MERE MARIE-EUGENIE DE JESUS
  • MILLERET Marie-Eugénie de Jésus Bhse
  • 5 [mars 18]57(1).
  • 5 mar 1857
  • Auteuil,
La lettre

Ma chère fille,

S’il vous venait en pensée que je n’ai pas une très grande envie de vous revoir, vous seriez dans une erreur profonde. Cependant, puisque vous êtes à Londres, laissez-moi vous conjurer de prendre toutes vos précautions à l’égard des séparatistes. L’esprit anglais, qui a des qualités si supérieures, est terrible par son exclusivisme, et je ne crois pas, en ce sens, qu’il y ait un peuple plus naturellement jésuite. Il n’y a de bien que ce qui est fait par eux, et j’en ai tous les jours des preuves nouvelles(2). Je vous demande pardon de revenir là-dessus, mais je crois que c’est, pour le moment, un des points les plus essentiels que nous ayons à traiter.

En lisant le livre sur l’esprit de saint Philippe de Néri, je suis frappé de la tendance absolue des Oratoriens à ne trouver bien que ce que faisait leur fondateur. Il me semble qu’il y a quelques précautions à prendre de ce côté; car enfin, il ne vous resterait plus qu’a vous faire Oratoriennes, s’il fallait accepter uniquement cette direction. Je vous soumets ces observations, parce qu’il faudrait avoir peut-être posé ses conditions à l’avance, afin de ne pas être poussé dans une direction qui ne serait pas la nôtre. Je ne crois pas après tout que ce fût l’esprit vrai de saint Philippe, lequel avait une affection particulière pour les Capucins et les Dominicains; il acceptait donc et encourageait un autre esprit que celui de l’Oratoire. Je voudrais savoir si ses disciples ont l’esprit aussi large(3).

Rien de nouveau pour la vente de Clichy. Je reçois à l’instant votre lettre; voici quelques explications. Je croyais, comme vous, qu’il vaudrait mieux labourer à la charrue la pelouse. Bühler me répondit que c’était impossible. En effet, la terre est si forte qu’il faudrait au moins quatre chevaux; et alors, ou l’on n’en peut labourer que le quart, ou les chevaux abîmeront les massifs en y pénétrant. Jacques m’a expliqué cela tout au long, et déjà les chevaux des charettes Michaud ont fait assez de dégâts, sans aller y en ajouter de nouveaux. M. Bühler assure que la dépense sera payée par les pommes de terre, si on les sème tout de suite. Quand je lui parlai du chaulage, il me répondit très vivement: « Je connais parfaitement cette terre; le chaulage y est inutile ». Je lui parlai du drainage; je ne pus obtenir qu’il y fît grande attention. Dans tous les cas, le drainage ne peut avoir lieu qu’après la récolte des pommes de terre; et, de plus, il faudra le faire après avoir pris bien d’autres précautions, pour lesquelles il faudra que vous examiniez celle que vous adopterez. Somme toute, impossibilité de labourer à la charrue, à cause des dégâts que feraient les chevaux dans un si petit espace; le travail payé par les pommes de terre, au moins si j’en crois Bühler; enfin, la possibilité de drainer, si c’est nécessaire, après la récolte, c’est-à-dire vers le mois d’août: voilà les trois raisons, qui, jointes à ce que vous disiez dans votre lettre, m’ont engagé à laisser travailler. Répondez-nous un mot pour voir s’il faut faire suspendre.

Adieu, ma chère fille. Tout vôtre en Notre-Seigneur.

E. D’ALZON.

Vous seriez bien bonne, si vous pouviez me procurer le dernier livre de Wilberforce sur l’autorité de l’Eglise(4).

E.D'ALZON
Notes et post-scriptum
2. Le P. d'Alzon tenait peut-être de Lamennais cet esprit de corps imputé à tort ou à raison par bien des gens et par lui-même à la Compagnie. Le P. Picard exprimera un jour sa pensée profonde en écrivant que "la vaine gloire n'est pas plus permise à une congrégation qu'à un individu" (circulaire n. 13, 17 octobre 1883, p. 83).
4. Il s'agit du théologien Robert Isaac Wilberforce, qui avait écrit en 1854 un ouvrage sur le primat romain: *An inquiry into the principles of Church Authority*.1 Le ms porte: *5 fév. 57*, à corriger: *5 mars* 1857.
2. Le P. d'Alzon tenait peut-être de Lamennais cet esprit de corps imputé à tort ou à raison par bien des gens et par lui-même à la Compagnie. Le P. Picard exprimera un jour sa pensée profonde en écrivant que "la vaine gloire n'est pas plus permise à une congrégation qu'à un individu" (circulaire n. 13, 17 octobre 1883, p. 83).
3. Mère M.-Eugénie, qui s'est adressée au P. Faber de l'Oratoire, écrira le 9 mars de Londres: "Je ne trouve rien que de bien dans le P. Faber; je suis jusqu'à présent contente de lui sous tous les rapports [...] Ce qu'il désire de nous, c'est exactement ce que nous pouvons être; je ne vois rien en lui d'exclusif, ni de dominant, mais bien un homme bon, expansif, franc, très intelligent, respectant les règles de chacun; enfin, je suis beaucoup plus contente de ce que je vois ici de l'Oratoire que ce que j'en avais vu à Birmingham[...] Certainement ce sont des hommes tout à Notre-Seigneur, tout à l'Eglise romaine, tout au salut et à la perfection des âmes. Ce désir si rare de faire que ceux qui servent Notre Seigneur, le servent mieux chaque jour, est très sensible dans leur prédication, et je ne puis m'empêcher de croire que leur action spirituelle sur notre Congrégation y fera beaucoup de bien par l'esprit d'obéissance qu'ils ne pourront manquer d'inspirer, parce que chez eux il est poussé le plus possible".
4. Il s'agit du théologien Robert Isaac Wilberforce, qui avait écrit en 1854 un ouvrage sur le primat romain: *An inquiry into the principles of Church authority.*