Ma chère fille,
J’ai eu une rage de dents qui m’a empêché de dire et d’entendre la messe; aussi, je ne vous écrirai ce soir qu’un petit mot. Donnez-vous à l’obéissance toujours un peu plus. Dieu vous ordonne de soigner votre famille, vos orphelines. Je veux que vous trouviez un peu de temps pour étudier. Faites effort pour trouver la possibilité d’augmenter votre instruction(1).
Vous êtes bien bonne dans tout ce que vous me dites sur ma nièce. Ma soeur souffre beaucoup, mais comme pour la consoler, elle la met en relation avec trois ou quatre jeunes femmes dans la situation d’Herminie. C’est surtout ma pauvre mère que je plains. Quant à moi, je suis très impressionné, mais je trouve ma pauvre Alix fort heureuse.
Après de longs débats, les réunions tenues chez Mgr de Ségur ont abouti à ceci: Ceux qui ne partageaient pas nos idées se sont retirés, entre autres un certain M. de Melun; les autres sont disposés à travailler avec ardeur(2). Si vous lisiez l’Univers, vous verriez que ses colonnes racontent chaque jour quelque nouveau détail sur le protestantisme.
Adieu, ma fille. Je sens parfaitement tout votre dévouement et je crois aussi que vous sentez le mien.
E. D’ALZON.
Gardez quelque temps encore pour vous le projet de ma nièce.

