Je ne vous ai point écrit, ma chère fille, parce que je croyais pouvoir vous apprendre quelque chose et qu’à l’instant de partir pour les Saintes [- Maries](1), j’ai seulement reçu la lettre ci-jointe. Me voilà de retour depuis quelques heures, tout triste de la tristesse qu’a dû vous causer la mort de Soeur M.-Kostka. Je vous avoue pourtant que j’ai peu [de] regret de ce que vous avez été loin d’elle à son dernier soupir. Soeur T[hérèse]-Em[manuel] l’a assistée, et je trouve que ma chère fille se fatigue assez pour n’être pas inquiète, quand on lui évite un surcroît de fatigue(2).
Voici deux lettres: l’une de ma mère, en réponse à la nouvelle que j’avais donnée à mon père de l’approbation de notre petite Congrégation. (Je vous l’ai fait annoncer immédiatement, vous ne m’en parlez pas). Vous verrez ce qu’on me répond(3). J’ai envoyé la lettre de ma mère à M. Berth[omieu], vous avez aussi ma réponse.
Cependant je persiste à penser qu’il serait bien à désirer que nous pussions rester encore un an au moins à Nîmes. La débâcle, en ce moment, fera un mauvais effet dans le Midi, et, tout en admettant que nos idées ne sont pas celles de Dieu, ne voyant pas clairement encore la volonté de Dieu, je pense qu’il faut conserver ce que nous avons. Dans dix-huit mois nous aurions bien des moyens de nous retourner, la possibilité d’employer très utilement le mobilier. Des offres les plus belles nous sont faites à Marseille. Dans six mois nous ne pourrions les accepter, dans dix-huit nous le pourrions, s’il fallait fermer la maison de Nîmes.
Je vous parlerai de vive voix d’un projet, dans lequel on ne me demande pas un sou et où l’on m’offre un pensionnat, soit de 100 élèves à 2.000 francs de pension, soit 200 enfants à 1.200 ou 1.500 francs. Le petit séminaire, à Marseille, compte 1.200 enfants, le lycée 1.400, et les parents veulent autre chose. Ceci n’est qu’une idée, mais que l’on pourrait prendre en très sérieuse considération. Supposé qu’on fût obligé de quitter Nîmes, un très riche négociant de Marseille, qui m’offre son fils à 2.000 francs de pension, me conjure de lui permettre d’étudier la question. Sans prendre d’engagements avec lui, je l’ai autorisé à examiner l’affaire. Du reste, il va souvent à Paris et je vous l’enverrai(4).
Adieu, ma chère fille. Je ne vous dis pas que j’ai beaucoup prié les Saintes(5) pour vous, vous le saviez bien. A partir de dimanche, écrivez-moi à Lamalou par Bédarieux, Hérault. Je crois que je passerai ici la Pentecôte.
Tout vôtre en Notre-Seigneur

