Croiriez-vous, ma chère fille, qu’au moment où vous m’écriviez, je passais probablement à une demi-lieue de chez vous et que me voilà de retour à Paris?(1) Le bon Dieu se moque de nous, et je trouve qu’il a bien raison.
Vous êtes obligée à toute la générosité possible envers Dieu. Il n’y a pas à marchander. Il faut lui donner absolument tout et à tous les moments du jour et avec toute la perfection dont vous êtes capable. Tout sans réserve. Entendez bien ce mot. La pauvre nature n’en veut pas. Dieu le veut. Combattez donc tout ce qui en vous peut déplaire à Dieu. Pratiquez tout ce qui, dans l’ordre de vos devoirs et de votre position, peut lui faire plaisir. Je me croirais très coupable, si je vous tenais un autre langage. Fuyez-vous vous-même pour ne chercher absolument que Notre-Seigneur. C’est lui seul, dont vous devez être préoccupée; le reste n’est rien. Combattez, autant qu’il dépendra de vous, cette paresse intérieure qui, je le crains, peut vous empêcher d’acquérir le développement spirituel pour lequel vous seriez faite cependant, si vous le vouliez bien. L’amour se prouve par l’action. Dieu ne demande pas la même chose de tous, mais il veut que tous puissent faire quelque chose; et ce que peut une âme fidèle à la grâce par la mortification, par la prière et par les exemples, est merveilleux.
Priez beaucoup pour notre chère Assomption; elle vient de traverser une grande crise. Je pense que la protection manifeste qu’elle a reçue est un gage de la protection future de la Providence, si nous ne sommes pas trop ingrats(2).
Adieu, mon enfant. Tout à vous avec un coeur bien dévoué.
Je serai à Nîmes vers le milieu d’octobre, et dans le mois de novembre, arrangez-vous pour y venir. Du reste, j’y passerai presque tout l’hiver. Tout à vous en Notre-Seigneur.

