Ma chère fille,
J’ai reçu, hier, votre lettre, où vous me parlez de l’inutilité de vos efforts auprès du Fr. Marie-Joseph. Sa détermination ne me surprend pas, et je vous avoue qu’en dehors d’une certaine peine, j’en bénis Dieu. Ce pauvre garçon fût devenu plus tard très gênant par son activité inquiète. Dieu veuille qu’à Flavigny on la lui fasse passer!(1).
Le Fr. Hippolyte a dû vous écrire qu’hier j’ai été assez souffrant. Aujourd’hui je vais mieux. Je dois prendre mon parti de faire très peu et surtout de ne pas lire. Le mal de gorge qui vous a saisie est une preuve que vous devez vous ménager; mais Dieu, en vous imposant le silence, vous donne du temps pour la prière, et c’est ce que je désire de vous. La souffrance est une prière aussi, et je crois que Notre-Seigneur veut nous faire, bon gré mal gré, passer par cette dure voie. Vous avez beaucoup agi. Souffrir et prier constituent un état passif très méritoire.
Soeur M.-Geneviève est en bon train. Je lui ai dit de vous écrire après sa retraite. Je la mène un peu rondement; je la fais ne me parler de sa conscience qu’à genoux, elle m’assure que cela lui fait du bien.
M. Barnouin a définitivement quitté le prieuré. Je regrette que l’empressement un peu trop puéril de l’abbé de Cab[rières] à recueillir sa succession ait mis du froissement entre Soeur M.-Walb[urge] et son ancien aumônier. Je crois avoir arrangé cela. Mais vous aurez à voir qu’à présent l’abbé de Cab[rières] n’y soit pas du matin au soir. Du reste, il a l’air ravi. Je suis convaincu qu’il ne l’est pas, mais je prends toutes ses démonstrations pour argent comptant. Je crois qu’il finira par l’être. Ah! si le Fr. Hippolyte avait eu son éducation première! Ce pauvre petit abbé n’est pas taillé pour la première place et, en lui ménageant des douceurs à la seconde, il ira très bien.
Vous me dites toujours de bien bonnes choses, mon enfant, et je vous en remercie. Je voudrais que vous vissiez dans mon silence même tout ce que je vous suis et à quel point vous me faites du bien. Que je voudrais vous le rendre! Quant à moi, je vais doucement, souffrant par-ci, souffrant par-là et laissant Dieu le maître.
Adieu, ma chère fille. Assez pour aujourd’hui. J’écrirai plus tard à Nathalie. Tout vôtre en Notre-Seigneur.

