Mon cher enfant,
Laissez-moi d’abord vous féliciter de la manière dont votre style s’améliore. Il me semble voir dans vos lettres bien plus de netteté et d’ordre qu’autrefois. Vous parlez un peu plus français.
M. Chaillot doit voir, par ce que vous me dites du Séminaire français(1), que les modérés ne sont pas un parti inconnu à Rome, et tenez pour sûr que ce ne sont pas les étrangers qui font à eux seuls le parti. Il y a des Italiens pour les soutenir et en profiter. Je suis heureux que Camaret soit auprès du P. Mariste(2).
L’affaire du costume ne presse pas tant(3). Mais à Clichy on y tenait; Cusse y poussait. J’ai laissé faire, et, pour mon compte, je verrais avec bonheur cette affaire dormir quelque temps. On nous propose toujours une maison à la porte de Genève(4). Ce serait une bien bonne chose, mais il faudrait deux ou trois sujets. Si vous trouviez quelqu’un qui eût la pensée de nous venir pour travailler à la réfutation de l’hérésie, ce serait une chose bien précieuse.
Je suis revenu de Paris sans nouvelle. L’attentat nous fait entrer dans l’absolutisme absolu(5). Dites à M. Chaillot qu’il devrait bien faire remplacer Sacconi à Paris. Tâchez de me savoir positivement où en est l’affaire des Facultés de théologie. J’ai dû apprendre au nonce certaines choses, qu’il m’a assuré ne pas savoir et que je tenais du ministre des Cultes. Dites encore à M. Chaillot que si, chez nous, Rome gagne d’un côté, elle le perd de l’autre grâce aux prudents. L’archevêque de Reims en est épouvanté. Lui a tenu son concile, malgré le gouvernement, et l’empereur en a profité pour parler de la liberté laissée aux conciles provinciaux. Entre autres choses, le concile a établi 27 cas réservés au Pape. Mais vous avez à Rome le secrétaire du card[inal] Gousset. Tâchez de le voir. Vous pourrez m’envoyer quelque chose par lui, supposé que vous ayez à envoyer quelque chose.
Je regrette l’affaire de notre petite congrégation de Saint-Augustin. Je suis sûr que cela aurait pris admirablement chez les jeunes gens de Paris, sous le titre de Pia familia Sancti Augustini, en français Famille de saint Augustin. Je crois vous avoir laissé toute liberté pour vos confessions. Je vous permets le voeu que vous demandez à faire, mais pour un an seulement. Plus tard, nous verrons.
Adieu. Je vous embrasse. de tout coeur.
E. D’ALZON.
Mille choses aux amis.

