Mon cher ami,
Déjà vous savez que je repousse l’obligation de la messe conventuelle applicable au Souverain Pontife, non pour la chose en elle-même, mais pour l’embarras que cela pourrait causer en certaines circonstances. Ainsi, que M. Chaillot me permette de tenir ferme pour empêcher une mesure qui nous gênerait bientôt très considérablement. J’approuve très fort qu’il laisse la question du général de côté, quoique évidemment si le décret du général à vie eût été admis, j’eusse demandé une réélection(2).
Je crois en effet, mon cher ami, que vous vous êtes laissé trop aller au regret de la perte de votre soeur. Vous avez vu, ces jours-ci, à la fête de sainte Monique, que saint Augustin se contenta de pleurer sa mort une petite demi-heure(3). Je ne veux pas vous faire un crime d’avoir donné plus de temps à vos regrets, mais souvenez-vous que l’âme s’énerve et qu’elle a sans cesse besoin de se relever. Je vous engage donc à prier beaucoup pour son âme, mais à vous souvenir que la prière est d’autant plus méritoire que le sacrifice est fait avec plus de générosité. Il est, du reste, très bon que vous ayez fait l’expérience de votre faiblesse. Cela force à se tenir plus sous la main de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge. Avant d’agir, nous avons besoin de nous faire extrêmement humbles, car nous nous apercevons à chaque instant de toutes nos misères.
Si vous revenez en France, il est possible que nous vous y garderons quelque temps(4). Dieu ne bénit pas notre noviciat à Auteuil, et j’ai envie de le former à Nîmes. Peu à peu nous y aurions quelques sujets, mais je vous prendrais quelque temps pour socius. C’est vous dire que je serais impitoyable avec vous sur les articles de propreté, tenue, bonnes manières, etc. Fortifiez-vous dans l’oraison et apprenez à parler de Notre-Seigneur d’une manière qui ne soit pas trop ennuyeuse.
Je suis pour le moment à Lamalou, où je crois retirer réellement de bons effets des eaux. Je ne recouvrerai jamais mon ancienne force, mais j’en aurai assez pour faire quelques petites choses.
Dites mille tendres choses pour moi à M. Chaillot et aux autres. Que devient Camaret? Adieu et tout vôtre en Notre-Seigneur.

