Je reçois à l’instant, mon cher ami, votre lettre, et si elle me fût parvenue avant la messe, j’aurais pu la dire pour les premiers communiants. Le P. Laurent eût été bien aimable de me faire dire à l’avance le jour de cette fête de famille.
Les détails que vous me donnez sont bien tristes, en effet, Il faut passer per tribulationes multas et malas(1). Eh bien! que le saint nom de Dieu soit béni! Job a bien souffert davantage, et c’était un plus brave homme que vous, soit dit sans vous fâcher(2).
Puis, Notre-Seigneur, avant de monter au ciel, en a vu de grises, ce pauvre bon Dieu. Et s’il les a bien prises pour nous, pourquoi ne ferions-nous pas comme lui? Jetons-nous avec amour dans les bras de sa miséricorde. L’humiliation, l’ennui, le découragement vaincu, un peu de maladie par dessus le marché, voilà de quoi faire des saints de tous les Assomptionistes. Ainsi, mon bien cher fils, en montant à l’autel, donnez-vous bien à Notre-Seigneur. Faites-vous bien pauvre petite victime, et si vous êtes brûlé, tant mieux pour vous: le Saint-Esprit vous visitera et fera de vous un être nouveau. Vous voyez que je ne vois pas les choses par un côté trop sombre. A quoi bon en effet s’attrister? Quand on a fait tout ce que l’on a pu, le bon Dieu fait le reste; et c’est que peut-être on n’a pas fait tout ce que l’on a pu, on ne s’est pas assez mis en présence de Dieu, on n’a pas assez crié vers lui, on ne lui a pas assez demandé de soulever des montagnes.
Adieu, mon cher enfant. Il me semble que les eaux de Lamalou me font du bien. Priez un peu le bon Dieu pour moi. Je vous assure que je vous aime de tout mon coeur.

