Ma chère fille,
Une demi-heure après avoir reçu la lettre de M. Conte, je suis sûr qu’il l’avait entre les mains(1). M. Barn[ouin] m’a affirmé que la pièce, telle que vous la demandez, était faite; mais peut-être est-elle égarée. Quoi qu’il en soit, je veillerai à ce que M. Conte l’envoie, et si M. Louis a besoin de venir(2), je serai heureux de le recevoir. Je ne pars d’ici que le 27(3).
Vos constructions avancent très rapidement. Il est évident que l’entrepreneur est très intelligent et très actif, les matériaux sont superbes. Monseigneur que j’ai conduit l’autre jour sur le terrain, et toutes les personnes qui y viennent, les admirent. Je suis moins content de l’architecte, qui du reste a mécontenté les entrepreneurs par sa lenteur. Toutefois, si les choses vont du train où elles vont en ce moment, la toiture sera posée au mois de novembre, au plus tard. Il restera près d’un an pour sécher.
En réfléchissant aux propositions que je vous ai faites pour Mlle Saben, il est incontestable que cette bonne fille vous donnera tout ce que vous voudrez. Le difficile est le mode à prendre pour lui garantir de quoi vivre, parce que c’est la tête la plus embrouillée que je connaisse. Je vais lui proposer, si l’idée des billets souscrits par vous et laissés entre mes mains ne lui va pas, je vais lui proposer de vous donner à fonds perdu. Bien entendu que vous lui donneriez au plus le 4%. Cela vous va-t-il?
Quant à Clichy, il paraît que, du moment que vous avez prononcé le nom d’une Sainte-Barbe catholique, le P. Laurent a été tout changé(4). On voulait se débarrasser des Pères Picard et Hippolyte; c’est quelque chose d’inouï(5). On a dû vous dire l’arrangement que j’ai pris pour Rethel; je le crois provisoirement le meilleur.
L’abbé de Cab[rières] avait conclu à la possibilité de sa nomination au grand vicariat, d’une explication très vive qui a eu lieu entre M. Boucarut et Monseigneur. L’abbé Barnouin l’avait su par M. Conte, le notaire, et n’en avait rien dit. Depuis, M. Conte me l’a conté, et j’ai su que M. Boucarut partant pour la campagne avait dit qu’il y resterait peut-être toujours. La nomination de M. de Cabrières serait très mal vue, et à moins d’une imprudence, c’est impossible d’ici à longtemps. Je crois qu’il est parti mécontent, mais son père ne me parle plus de le reprendre. Où irait-il?
Mgr Howard a perdu un peu de son prestige à Rome en entrant dans la prélature,; il n’est point auprès du Pape. Mgr Talbot a demandé au Saint-Père de ne le point quitter; le Pape y a consenti et il n’y a plus eu de place pour Mgr Howard(6). Je sais qu’il a à Rome la réputation d’avoir peu de portée dans l’esprit. De plus, vous savez bien ce que le Supérieur général des Augustins a dit au P. Picard: Quand notre noviciat sera bien organisé, je suis sûr que nous aurons du monde(7).
Adieu, ma fille, et tout vôtre en Notre-Seigneur.

