Cher ami,
Vous voilà donc bien définitivement supérieur de Rethel. Je vous laisse libre de prendre avec vous [le] P. Pernet ou [le] P. Brun. Je vous engagerais pourtant à prendre le Père Brun, parce que sa santé vous dispensera de bien des fatigues. Il est convenu que, s’il vient, il fera une classe et vous aidera pour la discipline. Je vous ordonne d’avoir un soin particulier de la santé du P. Cusse. Si l’on ne vous donne pas de messes, vous me préviendrez. Je tâcherai de vous en faire dire. Renseignez-moi là-dessus.
Prenez les choses doucement. Le caractère champenois est, je crois, un peu lourd et froid. La franchise me semble le meilleur système. Empêchez le P. Brun de trop finasser. Allez à la bonne et faites-le aller bonnement Ne montrez pas votre joie de passer ou de vous croire plus habile que les autres. Souvenez-vous qu’une administration moins bonne, mais qui sauvegarde l’affection, est mille fois préférable à une administration excellente qui se fait détester.
Puis, souvenez-vous que l’esprit de l’Assomption est l’amour de Notre- Seigneur, de la Sainte Vierge, sa mère, et de l’Eglise, son épouse. Voilà ce qu’il faut toujours avoir devant les yeux: Notre-Seigneur, la Sainte Vierge, l’Eglise. Si vous n’agissez que dans ce but, ce sera bientôt senti et l’on vous aimera comme il convient. Si vous avez des ennuis, la pureté de votre mobile sera pour vous une suprême consolation(1). Si l’on vous désigne pour confesseur extraordinaire de nos Soeurs de Sedan, vous accepterez. Allez avec toute confiance avec le cardinal(2). Faites-vous un ami de l’abbé Hannesse, mais je crois savoir qu’il y a quelques tripotages extérieurs, dont vous devez vous tenir éloigné. Ne connaissez à l’archevêché que M. Hannesse et le cardinal. Vous serez poli et respectueux pour les autres, mais ne vous laissez prendre par personne(3).
Adieu, cher enfant. Que Notre-Seigneur et la Sainte Vierge vous protègent! Je vous bénis du fond du coeur.

