Cher ami,
Funiculus triplex difficile rumpitur(2). Puisque vous êtes si unis, restez bien tranquilles. Ce qui m’avait ennuyé n’était pas votre démarche, mais l’ennui où j’ai été pendant quelques jours de tout ignorer. Je n’avais pas la pensée que vous voulussiez agir sans moi, mais vous agissiez sans que je susse rien. La position se dessine et elle est bonne. Renvoyez à votre supérieur. En attendant, la supérieure g[énéra]le, qui, vous le savez, a de l’influence, ira à Reims, et je vous promets alors un revirement(3); mais il faut de la patience, ne pas renvoyer tout le monde, mais quelques-uns. Dans tous les cas, le poids de M. Lambert est énorme. Faites agir le curé de Rethel, M. Tourneur, M. Sacré(4). Vous verrez que peu à peu tout peut s’arranger. Il ne s’agit que d’avoir un but fixé, un plan arrêté, et de ne pas vouloir tout briser. Dans tout ce que vous direz, évitez toute parole pénible contre le clergé. Peu à peu, le revirement se fera.
Quant à aller à Reims, attendez qu’on vous y appelle. Si le card[inal] vous demande pourquoi vous n’y êtes pas allés, vous lui répondrez qu’ayant eu une première parole de lui, vous n’aviez pas cru devoir l’importuner, et que vous aviez cru qu’il s’était entendu avec moi pour modifier son opinion. Dans tous les cas, je ne veux point d’enquête; tant que je n’aurai pas été consulté. Soignez votre santé et allez doucement.
Adieu, cher ami. Tout à vous. E. D’ALZON.
Je reçois votre dépêche(5). Allez à Reims, gagnez du temps. La supérieure y ira sous peu, si c’est nécessaire, et moi plus tard, s’il le faut. Atermoyez, si les choses prennent une mauvaise tournure; sinon, concluez. Puis, nous verrons. Il faut gagner du temps.

