Vous êtes, je l’espère, arrivée à bon port. Ma lettre vous parviendra après le débrouillement de vos premières affaires. Eh bien! je viens causer un peu avec vous des nôtres. Cette affaire de Rethel me semble plus triste, à mesure que j’y pense davantage et surtout à mesure que je lis la littérature de nos Frères(1). Je ne veux pas le leur dire sur le champ, mais tous les détails qu’ils me donnent me font une conviction plus grande du tort que j’ai eu de mettre Cusse par là, car il faut bien que j’en prenne ma part. J’aurais dû connaître l’impossibilité de son caractère, qui brise tout plutôt que de céder et qui, à son insu peut-être, exerce une action quelquefois funeste sur les autres. Que faire pour réparer cette défaite? J’avais d’abord pensé à écrire au cardinal pour lui dire que, les Pères partis, j’avais un devoir à remplir envers lui; qu’il n’était plus question de justifier mes religieux, mais de lui signaler ce qui, en rendant M. Sacré et le P. Picard impossibles, en rendraient d’autres impossibles également; que je tenais à sa disposition des documents qu’il verrait peut-être avec intérêt, mais que je ne lui communiquerais qu’autant qu’il jugerait utile de les connaître, afin qu’il fût bien convaincu que je ne parlais plus que pour le servir et non pour récriminer. Mais que voulez-vous? Ces pauvres Pères ont eu l’esprit de se mettre tout le monde à dos, ceci résulte de leurs propres aveux. Voyez et que pensez-vous?(2)
Il est inutile d’envoyer votre supplique à Mgr de Nîmes; il sera parti de Rome quand elle arrivera. Il paraît que ce séjour ne lui est pas aussi agréable qu’on pourrait le penser. Il me fait l’effet d’être bien pressé de partir; trois semaines, c’est peu(3).
Le P. Hippolyte a dû vous communiquer ma combinaison(4). Envoyez-le-nous, quand le P. Picard vous sera rendu. Je l’occuperai ici, et il me sera bien plus utile que le P. Galabert, que je vais envoyer à Rome avec le Fr. Raphaël, qui ne m’y coûteront pas un sou, sauf le voyage.
M. Combié va mieux. Toutefois, le médecin trouve un affaiblissement continu.
Je ne vous parle pas de notre dernière conversation, je veux seulement vous pousser à écouter la voix de Dieu: elle vous demande beaucoup, mais il vous a été tant donné.
Adieu, ma fille. Tout vôtre en Notre-Seigneur.
E. D.ALZON.
Je n’écris pas à Soeur M.-Catherine, parce que Juliette peut le faire à présent.

