Touveneraud, LETTRES, Tome 2, p.578

Il reste persuadé qu’un échec aurait pu être évité à Rethel. -Il remet d’écrire au cardinal Gousset. -Le P. Saugrain demeurera provisoirement à Paris.

Ma chère fille,

Votre lettre m’est arrivée hier, au milieu du Roussillon, où je suis pour les affaires de la maison. Je vous demande la permission de garder mon opinion. Je partage absolument celle de M. Lambert, et convenez qu’il n’a pas tort. Puisque le P. Picard est fatigué, j’userai de discrétion et je garderai pour moi mes remarques, mais ce sera pour moi une leçon et une expérience dont je suis résolu de profiter. C’est un point sur lequel il m’est impossible de ne pas être aussi tenace, j’allais dire aussi entêté que ma chère fille, quand elle a une idée arrêtée. Je suis d’autant plus porté à persister dans mon sentiment que je n’éprouve pas l’ombre d’irritation; c’est d’une manière très calme, assez froide, que je vois que le bon P. Picard a été parfaitement raide et maladroit. Il est clair comme le jour que le dilemme posé par lui à M. Lambert devait amener la réponse du cardinal. A la place de celui-ci, je n’aurais pas agi autrement. Ecrire à ce pauvre archevêque est à cent lieues de ma pensée. Que lui dire? Il faut laisser le temps arranger les choses. Quant aux raisons que vous me donnez pour garder le P. Hippolyte, du moment qu’il s’agit de l’avantage d’Auteuil, vous savez si je suis disposé à faire tout céder. Mais il faut remarquer pourtant que si le P. Picard vous revient, le P. Hip[polyte] sera un peu mis à l’ombre. Dans ce cas je voudrais lui éviter l’ennui d’un délaissement, d’autant plus que je voudrais le faire prêcher un peu dans nos villages(1). Il y ferait du bien. Je tâcherai de le former. Enfin, gardez-le jusqu’à ce que vous voyiez que votre maison s’est rejetée sur le P. Picard.

L’abbé Gerbet est bien l’homme le plus aimable qu’on puisse voir(2). Je serai demain soir ou après-demain matin à Nîmes. Adieu, ma fille.

Tout vôtre avec le coeur le plus dévoué.

E. D’ALZON.

J’ai prié ces jours-ci énormément pour vous. Parlez-moi donc de votre âme. Mille choses à Soeur M.-Catherine.