ARTICLES

Informations générales
  • ARTICLES
  • INSTRUCTIONS SUR L'EDUCATION CHRETIENNE
    V
    REFORME DES PASSIONS
  • L'Assomption, III, n° 50, 15 janvier 1877, p. 205-206.
  • K 1-2
Informations détaillées
  • 1 AMOUR DES AISES
    1 AUSTERITE
    1 BIEN SUPREME
    1 CHARITE ENVERS DIEU
    1 CIEL
    1 CONSENTEMENT
    1 CRAINTE
    1 DESIR
    1 ENFER
    1 ESPRIT CHRETIEN DE L'ENSEIGNEMENT
    1 GRACE
    1 JOIE
    1 JOUISSANCE DE DIEU
    1 LUTTE CONTRE LA TENTATION
    1 LUTTE CONTRE LE CORPS
    1 MORT
    1 PASSIONS MAUVAISES
    1 PECHE
    1 PECHE ORIGINEL
    1 POSSESSION DE DIEU
    1 REFORME DE LA VOLONTE
    1 REFORME DU COEUR
    1 TRISTESSE
    1 VERTU DE PENITENCE
    1 VIE DE PRIERE
    1 VIGILANCE
  • 15 janvier 1877.
  • Nîmes
La lettre

Beati mundo corde quoniam ipsi Deum videbunt. Nous portons en nous un principe désordonné depuis le péché: c’est la révolte des passions. L’on est assez généralement convenu de les réduire à quatre: la joie, la tristesse, la crainte et l’espérance. En les examinant ainsi, ou je me perdrais dans des considérations trop philosophiques, ou je dirais trop peu. J’aime mieux les prendre par un côté plus pratique. Les passions sont des impressions que nous avons beaucoup de peine à dominer depuis le péché originel, et qui nous entraînent à des mouvements de notre âme contraires à l’ordre voulu de Dieu, et nous poussent au péché.

En sommes-nous les maîtres? Non, en ce sens que nous ne pouvons pas ne pas subir certaines impressions; oui, en ce sens que nous pouvons, surtout avec la grâce, ne pas nous y laisser entraîner.

Or, un des buts principaux de l’éducation est de nous former à résister à l’attrait des passions qui nous poussent au mal.

Ce qu’un chrétien doit désirer le plus, c’est la pureté de son âme. Jésus-Christ a dit: Beati mundo corde, et pourquoi? Quoniam ipsi Deum videbunt. Là sont les joies, là l’infini bonheur dans la vue de Dieu, la possession de Dieu, la jouissance de Dieu, c’est-à-dire du plus grand de tous les biens. Tout doit être sacrifié à un but pareil.

Or, le malheur d’une foule de jeunes gens, c’est qu’ils oublient ces choses. Ils se laissent entraîner par les joies mauvaises et les espérances coupables; peu à peu les ténèbres se font dans leur ciel; ils n’en peuvent plus percer la profondeur. Dieu se cache, ils se condamnent à ne pouvoir plus voir Dieu. -Pourquoi donc? Parce qu’ils se sont laissé envahir par leurs passions; elles sont désormais les plus fortes et ils sont condamnés à n’avoir plus de regards que pour la terre et pour ses viles jouissances.

Est-ce la destinée humaine? Evidemment non. -Comment triompher?- Ah! voici le problème. C’est évidemment une lutte à livrer. La voulez-vous accepter? Grave question, dont la solution décide de l’avenir heureux ou malheureux. Hélas! combien de fois la solution n’est-elle pas donnée sans qu’on s’en doute! Une tentation s’est présentée, une impression a été produite, subie; le consentement au péché est survenu, le mal est commis!

Mais enfin, y a-t-il un remède? Oui Dieu dans sa miséricorde, nous offre une grâce qu’il ne nous doit pas; mais il veut que nous aussi nous apportions notre concours.

Comment?

Par la vigilance. -Oui, il faut veiller. Quod vobis dico, omnibus dico: vigilate. Il faut veiller sur son coeur; il faut veiller sur son imagination; il faut veiller sur ses sens; il faut veiller sur sa volonté. Il faut veiller sur les occasions et les entraînements. De combien de pièges ne sommes-nous pas entourés! Omnibus dico: vigilate.

Il faut prier. -Au moment où il livrait ses luttes suprêmes, le divin Sauveur disait à ses apôtres endormis: Vigilate et orate, joignant les deux conseils ensemble: Vigilate et orate ut non intretis in tentationem. Ah! que la prière est nécessaire au jeune homme, et s’il peut apprendre à prier, quels triomphes ne remportera-t-il pas? Qui me donnera un jeune chrétien qui prie? Il me sera facile d’en faire un saint. Pourquoi? Parce que la prière lui attirera les forces nécessaires pour combattre et vaincre ses passions. Il prie, et voilà que Jésus-Christ se met de son côté contre Satan et ses oeuvres. Il prie, et il entre dans cette vie supérieure où il est sûr de trouver Dieu. Il prie, et des sentiments plus nobles se forment dans son coeur: la prière fait descendre la grâce du ciel, la prière y fait remonter nos désirs.

L’austérité*. -L’amour du bien-être nous a envahis; on se croit fait uniquement pour la terre, on n’aspire qu’à une chose: à s’y trouver bien. Toutes les satisfactions sont préparées pour les sens, est-il étonnant qu’ils en abusent? Et quand tout se fait pour les sens, il est bien difficile que quelque chose se fasse pour Dieu. Aussi, considérez ce jeune homme qui ne rêve que le plaisir. Qu’on lui parle de Dieu; où est son amour? Qu’on lui parle du ciel; où sont ses désirs? Il se trouve bien sur la terre; et s’il s’y trouve mal aujourd’hui, son rêve est de s’y bien trouver un jour. Sa jeunesse, si elle est laborieuse, ne travaillera qu’en vue de certaines jouissances du bien-être d’ici-bas.

Vous êtes allés, il y a deux jours, prier sur la tombe des maîtres et des camarades qui vous ont précédés dans cette maison. Que sont devenus ces corps auxquels quelques-uns avaient sacrifié l’innocence? Un peu de poussière, quelques ossements qu’il faut peu à peu entasser pour faire place à d’autres cercueils renfermant de nouvelles dépouilles. La mort se charge de faire des places nouvelles en obligeant à vider les tombes afin d’y placer de nouveaux corps, objets de recherches et de jouissances souvent coupables. A quoi ont servi ces plaisirs, ces joies, ces satisfactions impures? Ah! la corruption et les vers en ont tiré une première vengeance en attendant que la seconde soit réclamée par l’enfer.

L’enfer! la conséquence des passions assouvies.

Ah! que la pénitence, l’austérité sont préférables pour vaincre les passions et nous éviter l’éternel supplice.

Vous veillerez, vous prierez, vous ferez pénitence; vous vaincrez vos passions, et, dans ces premiers triomphes, vous acquerrez le gage du triomphe éternel dans la grâce et la gloire de Dieu.

E. D'ALZON
Notes et post-scriptum