OEUVRES SPIRITUELLES EDITEES|MEDITATIONS SUR LA PERFECTION RELIGIEUSE.|II. MEDITATIONS POUR RETRAITES

Informations générales
  • OEUVRES SPIRITUELLES EDITEES|MEDITATIONS SUR LA PERFECTION RELIGIEUSE.|II. MEDITATIONS POUR RETRAITES
  • RESOLUTIONS DE LA RETRAITE
  • Méditations sur la perfection religieuse pour les Augustins de l'Assomption. Paris, 1927, II, p. 337-342.
  • CO 88
Informations détaillées
  • 1 BON EXEMPLE
    1 CARACTERE
    1 CHATIMENT
    1 CONVERSION SPIRITUELLE
    1 DEFAUT DOMINANT
    1 DEFIANCE DE SOI-MEME
    1 EFFORT
    1 EXAMEN DE CONSCIENCE
    1 HONTE DU PECHE
    1 ILLUSIONS
    1 LUTTE CONTRE LE MONDE
    1 LUTTE CONTRE LE PECHE
    1 RECHERCHE DE LA PERFECTION
    1 REFORME DU COEUR
    1 RESPECT HUMAIN
    1 RETRAITE DES RELIGIEUX
    1 SCANDALE
    1 SOUFFRANCE ACCEPTEE
    1 TENTATION
    1 TRISTESSE
    1 VIE DE PRIERE
  • 1875
La lettre

Dixi: nunc coepi(1). C’est une chose décidée, je me convertis. Mais pour cela, j’ai besoin de prendre des résolutions, et ces résolutions doivent avoir des conditions pour porter des fruits durables.

Ces conditions, les voici: 1° examiner la source de mes fautes et de mes chutes pour la tarir; 2° étudier quelles expiations sont dues à ces fautes et à ces chutes; 3° prendre des résolutions préventives; 4° voir quels scandales mes fautes ont pu causer, afin de les réparer et d’édifier désormais dans un sens opposé à ces scandales.

I. Examiner la source de mes fautes et de mes chutes pour la tarir.

Bien que nous ayons tous en nous une racine commune de péché et de décadence, la différence des natures fait que le mal se diversifie d’une façon déplorable mais incontestable. Ceci est une suite des caractères, des situations; un résultat des habitudes, des idées plus ou moins fausses, de l’éducation plus ou moins mal dirigée, etc. Il faut que je revienne sur tous ces détails pour étudier attentivement et l’état où j’étais arrivé quand j’ai commencé ma retraite et les suppressions à apporter, les corrections à faire. Ceci est un nouveau point de départ où l’illusion serait très dangereuse. Je dois espérer qu’au point où j’en suis, j’ai les plus heureuses chances de rester dans le vrai. Raison de plus pour examiner attentivement pourquoi, jusqu’à aujourd’hui, j’ai été si profondément indigne du nom de religieux, de chrétien même. Quel péché domine en moi: l’orgueil, la sensualité, la paresse, l’indépendance, la susceptibilité, la rancune? N’importe, il faut que j’y voie clair et que je retranche courageusement ces plantes funestes de mon coeur.

II. Quelles expiations dois-je offrir pour mon passé?

Per quae peccat quis, per haec et torquetur(2). Voilà ce qui attend le pécheur: dans l’enfer, châtiment inutile après le dernier soupir; ici-bas, châtiment plein d’avantages, si je sais me l’imposer à temps. Or, dans mes résolutions, rien de plus utile que d’offrir à Dieu une satisfaction intelligente, c’est-à-dire prise dans la nature même des péchés que j’ai commis, des vices que j’ai contractés. C’est affaire d’étudier sincèrement mon coeur et de le connaître.

Quand je connaîtrai mon mal, il me sera facile d’en découvrir le remède: l’austérité opposée à la sensualité, l’humilité à l’orgueil, la modestie à la vanité, la patience aux emportements. Et en même temps, je me livrerai à l’étude de toutes mes faiblesses, afin de leur opposer la pratique généreuse de la loi de Dieu et des expiations qui pourront compenser les violations de cette loi. Ah! que j’ai à réfléchir sérieusement pour m’y mettre avec énergie et avec une persévérance qui prouvera à Dieu l’horreur que j’ai d’un passé plein de fautes, de chutes, de souillures! Au fond, l’essentiel est que je me décide à être, une bonne fois et pour toujours, généreux comme Dieu le désire: tout est là.

III. Quels moyens préventifs veux-je prendre?

Qui amat periculum in illo peribit(3). Le premier moyen est évident, c’est la fuite des occasions. Je sais ce qui a pu si souvent m’entraîner; il faut que je l’évite et que je ne me fasse aucune illusion à cet égard. Mais ceci veut plus d’attention que je ne l’ai peut-être supposé jusqu’à présent. Les causes de mes chutes sont très délicates. C’est un mal caché et que peut-être je n’ose pas regarder. L’illusion est ici terrible. Je déteste le fruit empoisonné: je n’ose pas en couper la racine. A quoi cela tient-il? A une faiblesse indéfinie, à un respect humain que l’on trouve même dans la vie religieuse, a tel autre motif tout aussi peu honorable et sur lequel je veux fermer les yeux.

Le second moyen, c’est une défiance complète de moi-même, unie à une prière constante soutenue par la confiance en Dieu. Oui, il faut que je me défie et en même temps il faut que j’espère, il faut que j’espère beaucoup et que je me jette hardiment dans la voie des vertus opposées aux péchés que j’ai commis. Je ne connais pas de moyen préventif meilleur que celui-là. Peu importe ce que j’ai été. Je veux résolument devenir un fervent religieux, je veux devenir un saint, me donner, selon toute la puissance de mon être, à la perfection. Ah! si j’ai le courage de commencer ainsi, la ferveur emportera les obstacles, et quand j’aurai commencé à courir dans la voie des commandements de Dieu, qui peut dire jusqu’où, par sa grâce, je puis aller?

IV. Quels scandales ai-je à réparer?

Oui, j’ai bien souvent scandalisé les frères au milieu desquels je vis. Or, il se trouve qu’une certaine fausse honte m’arrête et m’empêche de reconnaître mes torts. pourtant, même dans la vie religieuse, les scandales sont plus facilement acceptés que les bons exemples. On s’autorise des relâchements d’un religieux tiède, et la ferveur du bon religieux est taxée d’exagération.

N’est-ce pas ce qui bien souvent m’est arrivé? J’ai subi les funestes influences, j’ai repoussé les bonnes. J’ai scandalisé sans remords, et je n’ai pas osé édifier. Il faut que cet état cesse; il faut que je devienne édifiant pour réparer le mal que j’ai fait.

Donc je romprai avec la fausse honte; donc je me séparerai de ceux avec qui j’ai perdu l’esprit religieux; donc je me mettrai du côté de ceux que la règle soutient et console, et, réparant par une vie nouvelle, cette sorte de prédication pour l’enfer dont je n’ai pas rougi, je deviendrai, non seulement par mes paroles, mais par tous mes actes, un prédicateur vivant du ciel, en me faisant par toute ma vie un modèle de sainteté.

Notes et post-scriptum
1. "Je l'ai dit: Je commence à présent." (Ps. LXXVI, 11.)
2. "Chacun est tourmenté par où il a péché." (Sap. XI, 17.)
3. "Qui aime le danger y périra." (Eccl. III, 27.)