I. -L’intelligence et la volonté constituent le fond de l’homme. Or, de même que mon intelligence se porte naturellement vers la vérité ou, si l’on veut, vers l’être considéré comme vrai, de même ma volonté désire naturellement le bien ou l’être considéré comme bon. Mon intelligence ne peut pas chercher le faux pour le faux, pas plus que ma volonté ne peut désirer le mal pour le mal.
Mais l’être, le vrai par essence, le bien par essence, c’est Dieu. Naturellement, donc, mon intelligence et ma volonté sont faites pour Dieu.
Pourquoi, dans sa conduite pratique, l’homme cherche-t-il autre chose?
Etrange aveuglement! Déplorable dégradation!
II. -Je ne saurais trop le répéter, ma volonté veut, de toute nécessité, le bien en général, dont l’acquisition est pour elle le bonheur. Mais elle ne veut pas, par nécessité, tel ou tel bien, ou ce qu’elle se persuade être le bien. C’est là qu’elle a le choix, et son malheur consiste à mal choisir.
Quelle importance pour moi de me fixer dans le vrai bien et de ne jamais m’en séparer!
III. -Ne m’est-il pas arrivé de me laisser emporter par la passion au point que ma volonté se perdait dans une sorte de démence? Dans tous les cas, la passion, sans conduire ma volonté à un tel état d’esclavage, ne l’a-t-elle pas tellement affaiblie qu’il lui était très difficile de vouloir le bien et de fuir le mal? Mais ne puis-je pas me vaincre et terrasser ma passion en prévoyant ses redoutables attaques?
Il semble même que Dieu ait voulu respecter notre volonté et nous montrer le respect que nous devons en avoir, lorsque, tout en la dirigeant vers le bien en général et en l’enveloppant dans les dispositions de sa Providence, il ne la force, il ne la contraint à aucun acte particulier, même dans les lois qu’il lui impose.
IV. -La jouissance du bonheur ne se trouve, à proprement parler, que dans son dernier terme. L’animal peut jouir de la satisfaction grossière de ses appétits; mais l’homme n’est satisfait, dans sa volonté et dans ses désirs légitimes et raisonnables, que lorsqu’il a atteint le dernier terme qui est Dieu. Tout le reste, dans la vie, ne doit être que moyen pour atteindre ce bien dernier et souverain. C’est là tout l’homme (1).
Pourquoi donc l’homme cherche-t-il autre chose que de jouir éternellement de Dieu (2)?

