I. [La foi réside dans l’intelligence, mue par la volonté. (Ibid., a. 2.)]
L’objet de la foi étant l’ensemble des vérités révélées et toute vérité s’adressant à mon intelligence, c’est par l’intelligence que la foi peut venir en moi tout d’abord, mais pour être une vertu il faut que ma volonté adhère à ce que mon intelligence lui propose, de telle sorte que je puis dire que la foi, don de Dieu, par lequel j’ai la puissance de connaître la vérité surnaturelle, s’adresse à mon intelligence, et que la foi, vertu, où j’ai encore besoin de la grâce de Dieu, s’adresse à ma volonté. D’où découle pour moi un double devoir: 1° de recevoir par l’effort de mon intelligence, par l’étude, par la méditation, la vérité de Dieu, et d’en agrandir en moi les germes déposés par la main divine; 2° d’adhérer par toute la puissance de ma volonté aux vérités qui me sont proposées.
Ai-je suffisamment réfléchi à ce que je puis mettre de l’énergie de ma volonté dans la pratique de la vertu de foi? Ai-je bien vu combien je suis coupable de n’avoir pas suffisamment lutté contre les affaiblissements de ma foi causés par les entraînements de ma volonté, qui se dégoûte trop souvent de rester dans les sphères supérieures de l’ordre surnaturel?
II. [La foi opère par la charité. (Ibid. a. 3.)]
Tout s’unit dans le monde divin, et la foi, qui est l’ensemble des vérités révélées, doit se traduire par l’action. Or, j’entends l’Apôtre dire que « la foi opère par la charité: Fides quae per caritatem operatur« (2) Tout acte de la volonté tire sa spécialisation du but que la volonté se propose. Or, le but de la vertu de foi est la jouissance de l’éternelle vérité; la volonté, par la foi, veut jouir de Dieu bien suprême. Or, ce bien suprême est l’objet de la charité, et c’est dans la charité que la foi en jouira. Dès ici-bas, la foi commence et montre à l’intelligence le bien suprême; aussitôt la volonté, en qui se trouve le besoin invincible du bonheur, s’élance vers lui et c’est ainsi que la foi, qui opère par la charité, trouve en elle sa forme, comme disent les théologiens.
Mais s’il en est ainsi, quelle folie de me livrer aux spéculations les plus élevés de la foi, spéculations qui ne dépasseront jamais celles des démons qui croient et qui tremblent(3), si je ne m’efforce pas de donner à ma foi toute sa perfection par un effort constant d’amour pratique envers la vérité éternelle, bien infini de mon être!
III. [La foi, accompagnée ou non de la charité, est toujours essentiellement la même vertu. (Ibid., a. 4.)]
La foi déposée dans l’intelligence, informe ou formée par la charité, est toujours la même foi, la foi étant la perfection de l’intelligence. Mais par la charité à l’aide de laquelle la foi agit, je puis la développer en la rendant pratique: Fides quae per caritatem operatur. A moi de perfectionner la foi par la charité et de la rendre parfaite quoique dans son imperfection elle soit toujours la même foi, comme l’enfant et l’homme parfait sont le même homme.
IV. [La foi, formée par la charité, est une vertu parfaite. (Ibid., a. 5, 6.)]
La foi est une vertu puisque c’est par la foi que Jésus-Christ rend mon coeur pur, fide purificans corda, et que c’est dans la justification de la foi que nous pouvons avoir la paix. Mais pour cela il faut que la foi soit formée par la charité, c’est-à-dire par l’adhésion de la volonté au don de Dieu, qui révèle la vérité. Et cette vertu de foi est une dans son objet qui est la vérité première, Dieu, mais elle peut s’appliquer à plusieurs vérités secondaires et là encore elle est une vertu.
V. [La foi précède toutes les vertus. (Ibid., a. 7.)]
Elle est la première des vertus puisque par elle nous sommes introduits dans le monde surnaturel et que, sans elle, nous ne pouvons pas connaître Dieu, source de tous nos devoirs et par conséquent de toutes les vertus. Rien de plus assuré que la foi, qui repose sur la parole de Dieu, et quand même la science humaine rendrait quelque vérité plus évidente à mon esprit, il est certain que toute conception humaine est inférieurs, sans aucune proportion, à la certitude de la parole de Dieu.
Mon Dieu, augmentez-en moi la vertu de la foi, faites-m’en comprendre l’absolue nécessité et faites-moi voir combine je suis obligé d’aller à vous en obéissance de la foi et en amour dans la charité qui opère par la foi!

