Tristis est anima mea usque ad mortem(1).
Jésus vient de donner aux hommes la plus grande marque de son amour en instituant le sacerdoce, l’Eucharistie, et en leur laissant ses dernières recommandations par son discours après la Cène. Les hommes lui répondent par l’ingratitude et la haine, et cette ingratitude et cette haine se résument dans la trahison de Judas. qui va se consommer.
Or, après la Cène, après l’hymne, il se retire au lieu où il savait que le traître viendrait le chercher. Il prend ses apôtres, mais plus particulièrement ceux qui avaient été les témoins de sa Transfiguration, et qu’il avait ainsi préparés à être les témoins de son agonie. Il s’isole, pour se préparer lui-même au sacrifice. Etudions en ce moment Jésus prosterné devant la justice de son Père et voulant servir de modèle à l’âme qui prie: Trois épreuves lui sont imposées: 1° Le délaissement de la part des hommes; 2° la lutte avec l’enfer; 3° la satisfaction offerte à la justice de son Père.
I. -Délaissement de la part des hommes.
Celui par qui tout a été fait va refaire toutes choses. Il a fait avec joie, il va refaire avec douleur. L’heure est venue où tous vont l’abandonner. Et à quoi pourraient-ils lui servir dans cette oeuvre qu’un Dieu homme peut seul accomplir? Mais dans son humanité Jésus n’en souffrira pas moins d’être ainsi posé dans cette effrayante solitude. Ses apôtres l’abandonnent; il faut qu’il soit seul. Ils étaient douze, un le trahit. Huit le suivent à Gethsémani, trois au Jardin des Olives, et ils s’endorment.
Caepit pavere et taedere(2). -Ipse Dominus nostro pavore trepidabat ut sumptionem nostrae infirmitatis indueret et nostram inconstantiam suae virtutis soliditate vestiret(3). (S. LEON.) -Il prie,revient, ils dormenta; Sic non potuistis una hora vigilare mecum!(4)
Or, le mystère est que Pierre est l’apôtre de la foi; Jacques, de l’espérance; Jean, de l’amour; trois vertus qui semblent disparaître dans le sommeil. Il en sera de même pour le chrétien éprouvé dans la prière. Où est la foi, l’espérance, l’amour à certains moments? Jésus attend des consolateurs. Ils dorment: Sustinui qui simul contristaretur et non fuit; qui consolaretur et non inveni(5).
II. -Lutte contre l’enfer.
Job, le juste que Dieu livre à Satan, quelle figure! Jésus dira: Haec est hora vertra et potestas tenebrarum(6). Satan, qui l’avait laissé pour un temps au désert –un temps, -revient avec une fureur nouvelle.
Qu’est-ce que la puissance des ténèbres, sinon ces troubles de la foi, ces obscurités qui se font dans l’âme? Mais tout cela Jésus l’a éprouvé.
Qu’est-ce que la lutte de Jésus contre l’enfer? Il s’agit pour Jésus de l’empire du monde; il s’agit pour vous du salut de votre âme et du royaume du ciel. Eh! oui, nous avons à lutter contre l’enfer: Ego autem dico vobis, non resistere malo(7). Le malin, c’est l’orgueil. Humilions-nous, nous le vaincrons par l’humilité.
Apparuit autem illi angelus de caelo confortans eum(8). Et nous aussi, nous devons par notre amour fortifier Jésus.
Douleur du chrétien qui voit l’empire de Satan s’étendre tous les jours: Et factus in agonia prolixius orabat(9). Ainsi devrions-nous faire. Ah! quand accepterons-nous cette agonie de l’âme aux pieds de Jésus, lorsque toutes les puissances de l’enfer viennent fondre sur nous!
III. -Jésus sous les coups de la justice de son Père.
Quelques instants auparavant, Jésus disait: Pater, venit hora clarifica Filium tuum ut Filius tuus clarificet le!(10) Et maintenant, il dit: Pater, si possibile est, transeat a me calix iste(11). Quel contraste!
Rassurons-nous, Dieu lui réserve la victoire: Ecce intelliget servus meux, exaltabitur et elevabitur, et sublimis erit valde… Iste asperget gentes multas, super ipsum continebunt reges os suum(12)
Et le choeur des prophètes répond: Quis credidit auditui nostro?…
Oui; vidimus eum et non erat aspectus;… unde nec reputavimus eum. Posuit Dominus in eo iniquitatem omnium nostrum(13).
Toute la justice de Dieu pesant sur Jésus-Christ! C’est pourquoi Dieu veut le briser dans son infirmité: Et voluit Dominus conterere eum in infirmitate(14). Propter scelus populi mei percussi eum(15).
Quant à Jésus, il s’incline. Voilà tous les crimes qui fondent sur lui.
Et factus est sudor ejus tamquam guttae sanguinis decurrentis super terram(16).
Silence de la nuit… Il est possible que la souffrance de Jésus fut plus terrible que celle des damnés.
Et voilà celui de qui le Père a dit: Hic est Filius meus dilectus(17).
Qu’est-ce donc que le péché, qui pousse Dieu à réduire son Fils bien-aimé en un pareil état!

