OEUVRES SPIRITUELLES EDITEES|CONFERENCES AUX RELIGIEUSES DE L’ASSOMPTION, NIMES, 1870-1871.

Informations générales
  • OEUVRES SPIRITUELLES EDITEES|CONFERENCES AUX RELIGIEUSES DE L'ASSOMPTION, NIMES, 1870-1871.
  • TRENTE-TROISIEME CONFERENCE DONNEE LE 22 DECEMBRE 1870.
    SUR L'ESPERANCE.
  • DA 45; CN 6; CV 33.
Informations détaillées
  • 1 AFFRANCHISSEMENT SPIRITUEL
    1 APOSTOLAT
    1 BIEN SUPREME
    1 BONHEUR
    1 BONTE MORALE
    1 CONCUPISCENCE DES YEUX
    1 EGLISE
    1 ESPERANCE
    1 FOI
    1 GRACE
    1 JOUISSANCE DE DIEU
    1 LIBERTE
    1 MAL MORAL
    1 PAIX DE L'AME
    1 POSSESSION DE DIEU
    1 REFORME DU COEUR
    1 THOMAS D'AQUIN
    1 VIE DE SACRIFICE
    2 GUYON, JEANNE-MARIE
    2 JEAN, SAINT
    2 MACCABEES
    2 PAUL, SAINT
    3 FLORENCE
    3 FRANCE
    3 ROME
  • Religieuses de l'Assomption
  • 22 décembre 1870.
  • Nîmes
La lettre

Plan de l’Auteur.

Problème du bien et du mal. Entre deux l’espérance. J’ai besoin de bonheur. Je ne puis être mon bonheur. Mon bonheur est au dessus de moi. Je ne puis l’atteindre. Je ne puis le connaître. La foi donne le mot de l’énigme. La grâce donne les moyens de le réaliser.

Dieu, bien suprême, terme de l’espérance. Grandeur du terme chrétien dans le bien.

Fruits: Dégoût de la terre. Paix. Sacrifice: non sunt condignae. Jouissance du ciel.

Texte stenographié de la conférence.

Mes Soeurs, j’aborde aujourd’hui la question de l’Espérance. Dieu a donné au corps de l’homme quand il vient au monde le besoin de respirer et par ce besoin de respirer commencent pour ainsi dire les rapports de l’être humain, de la poitrine humaine avec le monde extérieur.

Dieu de même a donné à l’âme dès qu’elle a conscience d’elle-même un besoin de bonheur. Et comment se traduit ce besoin? Dieu seul pourrait le dire. Ce besoin est innommé. L’homme poursuit quelque chose sans s’en douter, l’homme va montant toujours vers un but qu’il se figure sans jamais pouvoir l’atteindre et à mesure qu’il avance, quelque chose intérieurement lui dit: plus haut! plus haut! L’homme a donc soif de bonheur et sans savoir où se trouve le bonheur; son besoin n’en est pas moins immense; et il ne faut pas moins constater le fait que comme la nature humaine demande l’air pour respirer, de même l’âme est altérée, haletante de la soif du bonheur.

Ici deux spectacles se présentent à l’homme sur la terre: l’existence du bien vers lequel il aspire et l’existence du mal. Problème inexplicable, mes Soeurs, si la foi n’en révèle pas la solution. La voici. Dieu a fait toutes choses et les voyant il disait: « Valde bona« . Mais le péché est venu dans le monde et avec lui tous les maux; il détruit l’ordre établi par Dieu dans le plan primitif de la Création. L’homme reste donc placé entre cette aspiration vers le bonheur qui est comme un souvenir de son premier état d’innocence et l’écrasement de sa nature sous le poids du mal qui constitue une sorte d’impuissance d’arriver au bonheur. Il le cherche par une impulsion irrésistible et jamais il ne le trouve, son coeur reste comme affamé et vide. -Comment se résoudra le problème? par cette proposition: J’ai le sentiment du bonheur, mais je ne sais pas en quoi il consiste; j’ai un besoin invincible de bonheur et je ne puis pas l’atteindre; il faut donc qu’une puissance supérieure vienne me donner ce que je ne puis ni connaître, ni atteindre par mes propres forces. La raison pourra peut-être arriver jusque là; en tout cas, elle s’arrête ici et il faut pour poursuivre la solution du problème s’éclairer des divines clartés de la foi. Il faut donc qu’une puissance supérieure vienne apporter à l’homme ce qui n’est pas à sa disposition et qui s’appelle le bonheur ou le bien, car le bonheur se trouve dans la jouissance du bien. A ce propos St Thomas dit que l’Etre et le bien se confondent. Il se présente sous deux formes diverse, mais c’est la même chose. Le bien c’est la possession de Dieu. L’être c’est le bien, l’être infini c’est le bien infini, c’est Dieu. Si Dieu est le bien infini, il est le terme du bonheur. Et voici immédiatement la conséquence: je ne puis pas connaître le bien suprême par moi-même; ce bien doit m’être révélé. De là, nécessité de la révélation, de la foi, et aussi nécessité que la foi précède l’espérance comme nous l’avons vu. Ce bien qui m’est révélé et qui apaisera ma soif de bonheur, il est infini, c’est Dieu lui-même. Il faut donc que Dieu se manifeste à moi. Seulement tant que je serai sur cette terre, je ne connaîtrai Dieu que par oui-dire. « Deum nemo vidit unquan » (I. Joan. IV, 12). Dieu me donnera de Lui une idée très imparfaite mais suffisante par la révélation, par la foi. Et de plus comme je suis un être très faible, d’intelligence très bornée, il se révèle à moi par son Fils. « Unigenitur Filius, qui est in sinu Patris, ipse enarravit » (Joan. I, 18). Or, ici se placent deux besoins pour l’homme: il a besoin de connaître, il a besoin d’arriver au terme de cette connaissance. Un texte de l’Evangile va nous répondre. St Jean dit: « Quia lex per Moysen data est, gratis et veritas per Jesum Christum facta est » (I-17). Dieu nous donne sa loi, ses Commandements, mais la vérité et la grâce nous sont données par J.C. La vérité d’abord, parce que sans la vérité je ne puis connaître et la grâce ensuite comme moyen d’arriver à la possession de la vérité. -Cela dit, nous allons entrer dans un ordre de choses pratiques et conclure à l’obligation de connaître Dieu comme mon bien et de me fixer en Dieu en même temps qu’à la nécessité d’avoir confiance en cette grâce pour posséder la vérité, de là l’espérance.

Cela bien établi, demandons-nous quel doit être le terme de l’espérance? C’est Dieu considéré comme bien suprême, bien infini. Que par la grâce du St-Esprit, je tende vers Dieu comme vers mon bien unique, suprême, c’est déjà une vertu théologale, c’est l’Espérance. Il y aura quelque chose de plus parfait plus tard lorsque je servirai Dieu pour lui- même dans la perfection de l’amour, en attendant c’est déjà quelque chose de l’aimer « propter retributionem » (Ps. II8). Mes Soeurs, des théologiens me disaient à Rome combien il était chimérique de jeter les âmes dans la charité du premier coup avant de les avoir formées à l’espérance. On risque fort de faire des âmes très imparfaites, si on les transporte tout d’un coup au sommet de l’échelle sans leur avoir fait traverser les divers degrés qui y conduisent. Allons par gradation. Commençons par aimer Dieu comme notre bien, plus tard, nous l’aimerons pour lui-même. Ainsi nous ferons d’abord effort pour aimer Dieu par un moyen important, un peu égoîste peut-être, mais où se trouve un principe surnaturel. Ne négligez pas ce moyen, mes chères Soeurs; en toute humilité si vous ne vous sentez pas l’attrait de chercher Dieu pour des motifs les plus désintéressés, cherchez le « propter retributionem » (Discussion du quiétisme -Fénelon allait trop loin -amour pur -Mme Guyon). L’Eglise est une bonne mère; elle sait que les âmes ne peuvent pas toujours porter la perfection de la charité pure, elle leur dit de s’appuyer sur l’espérance; et vraiment, mes Soeurs, puisque Dieu a fait le Ciel pour nous, il est permis d’y penser et de se reposer dans l’espérance de la possession éternelle de Dieu. D’autant plus, mes Soeurs, que beaucoup de vertus découlent de l’espérance. Si Dieu est le terme de mon espérance et que je ne puisse pas y arriver à moi tout seul, je demande la grâce qui me conduise à Dieu; et si l’espérance me force à constater mon impuissance et à recourir à la grâce, cela me maintient dans l’humilité, ce qui m’est excessivement précieux. « Mon Dieu, j’espère… » (Acte d’espérance). Voilà donc la question de la grâce qui se présente. Je sens que je ne puis rien faire pour mon salut sans Dieu, sans la grâce. « Sine me nihil potestis facere » (Joan. XV/5). C’est déjà un progrès mes Soeurs d’être introduit dans cette vie surnaturelle, de savoir que la grâce m’est indispensable. Je ne puis pas vivre sans atteindre le bonheur que je désire; je ne puis satisfaire ce besoin que j’ai sans le secours de Dieu, sans sa grâce. Voyez déjà les conséquences pratiques; toute votre existence est changé, elle repose sur un principe surnaturel. A chaque instant, j’ai besoin de la grâce de Dieu, je l’invoque sans cesse, je m’appuie sur Dieu, j’ai recours à N.S. par qui me vient toute grâce, et j’ai envers Lui une reconnaissance immense pour le bienfait qu’il m’accorde. Voilà déjà l’humilité, la dépendance, la reconnaissance qui découlent de l’Espérance. A mesure que j’avance je vois quelque chose de plus fort. – Le détachement. Si je trouve mon bien dans le Ciel, je n’ai pas à le trouver sur la terre. Mes Soeurs, quelque parfaites que vous soyez, quelle est celle d’entre vous qui ne tient pas à quelque chose de terrestre? Examinez -n’avez vous pas l’ombre d’une attache à quelque bien de ce monde? n’entend-t-on jamais l’ombre d’un murmure sortir de votre coeur? Etes-vous invulnérables à tous les petits froissements qui peuvent venir soit autour de vous, soit du côté de votre famille? Ne vous plaignez vous jamais que votre supérieure est trop sévère, de ce que telle Soeur est intolérable et qu’il n’y a pas moyen de vivre avec elle. Eh bien! mes Soeurs, qu’est ce que tout cela peut faire à une personne qui a mis son bien suprême en Dieu? La paix se fait dans son âme. Que m’importe d’être ici ou là, d’être employées à telle chose ou à une autre? je ne tiens plus aux biens de la terre, j’ai mis mon espérance, mon amour plus haut; mon trésor est dans le ciel et c’est Dieu que je cherche sur la terre. Mais au-contraire, si on a placé son bien à être préférée, si on tient aux égards, aux bons procédés, aux affections humaines, à une vie commode! ah! je comprends alors que vous soyez facilement mécontentes. Vous n’aurez jamais assez pour votre satisfaction naturelle, vous ne trouverez jamais qu’on fait assez pour vous! Voyez donc le grand remède à cette malheureuse disposition de votre âme. J.C. est mon seul bien; tous les autres biens, même légitimes sont subordonnés à celui-là; je ne dois pas m’éloigner du bien suprême pour aller à la recherche des choses inférieures; toutes ces choses de la terre, à mesure que je les rencontre dans ma vie prennent un caractère subalterne et je passe outre pour mettre mon coeur plus haut. « Ubi enim est thesaurus tuus, ibi est et cor tuum » (Math VI/21). Votre trésor, c’est Dieu, il n’est pas ici ou là, il n’est pas sur terre, il n’est pas dans votre couvent, pas dans vos supérieures, il est en Dieu. Comprenez vous comment la paix se fait dans une âme par l’espérance? Elle ne cherche que Dieu, elle ne veut que Dieu! « Deus meus volui » (Ps 39/39). Je n’ai pas voulu autre chose mon Dieu et tout me deviendra un moyen pour aller à vous; je veux le bien suprême, je veux n’avoir d’attache que pour Dieu. Après tout, je suis comme l’avare; pourvu que je possède mon trésor et que je l’augmente, que m’importe tout le reste? Mes Soeurs, c’est une chose terrible pour une religieuse d’avoir des sentiments humains. Si vous avez le malheur de les sentir en vous, il faut absolument les détruire et pour les détruire, il faut faire ce que N.S. demande de vous: entrer dans la plus profonde indifférence; et qui vous l’enseignera mieux que l’espérance des biens du ciel? Otez l’espérance de cette âme que vous voulez dépouiller de toute jouissance, de tout appui humain, quel combat affreux va se livrer, à quoi bon tant de sacrifices, n’y aura-t-il rien au terme de la souffrance? Au contraire, mettez l’espérance dans ce pauvre soeur, le désir, la certitude de posséder Dieu un jour, la lutte cesse immédiatement. L’espérance lui dit que si elle ne peut posséder Dieu sur la terre, elle doit avoir confiance de le posséder dans toute sa plénitude dans le Ciel; cela lui suffit, et tout est fait, tout est dit pour l’âme qui ne veut que Dieu. « Simile est regnum coelorum homini negotiator, quaerenti bonas margaritas » (Matth. XV/45). Le royaume du Ciel n’est autre que la recherche de Dieu, et quand l’âme l’a trouvé, elle vend tout ce qu’elle a. Et moi, ai-je vendu? Si rentrant dans le fond de mon coeur, j’y trouve encore un petit sentiment humain, je n’ai pas tout vendu. Voilà une Soeur qui murmure, qui préfère tel emploi à un autre, qui se blesse parce qu’on lui fait une observation, qui voudrait rester dans son Couvent quand il faut partir pour un autre, qui trouve que son intelligence supérieure mériterait plus de distinction, que veut dire tout cela sinon que cette religieuse n’a pas tout vendu? (Comparaison avec la fresque de Ste Marie de Florence représentant la descente de N.S. aux enfers -le diable dans un petit coin cherche à lui cacher une âme pour la soustraire à la Rédemption.) Et nous aussi, nous voulons bien recevoir N.S. dans notre coeur, mais si N.S. ne voyait pas ce petit sentiment humain bien gentil, bien mignon? Mes Soeurs, il ne faut pas de réserve; si l’espérance est dans votre coeur, vous devez tout sacrifier, et la paix la plus grande, la plus absolue en résultera. Ce n’est pas tout, l’espérance, c’est la véritable liberté. Vous ne voulez qu’une chose, Dieu; le reste vous est indifférent. La créature qui conserve la liberté de l’âme, elle se laisse dépouiller, aliéner, déchiqueter; que lui importe, elle a l’espérance. Que faisaient les Martyrs, mes Soeurs? Ils pensaient au ciel La mère des Machabées, quand elle encourageait ses fils au milieu des tourments, que leur montrait-elle? le Ciel. Et vous, mes Soeurs, quand vous avez un sacrifice à faire, qu’est ce qui vous soutiendra si ce n’est la pensé du Ciel? Si vous voulez avoir la liberté absolue, rendez vous compte de quel côté vous penchez. Suis je esclave des biens de la terre? Suis-je comme le marchand dont nous parlions qui va et vend tout ce qu’il a? Pour cela il y a des sacrifices à faire. Mais St Paul a dit: « Non sunt condignae passiones hujus temporis ad futuram gloriam quae revelabitur in nobis » (Rom VIII/118). Tout ce que je quitte, tout ce que je souffre n’est rien auprès du poids de gloire qui m’attend dans le bonheur éternel; et je sais qu’il m’attend, le gage de mon espérance est en moi. « Qui autem effecit nos in hoc ipsum, Deus, qui dedit nobis pignus Spiritus » (II Cor V/5). L’Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants d’adoption. Si j’ai l’espérance de l’adoption, je suis prête à tout sacrifice pour garder ce caractère d’enfant de Dieu, de citoyenne du Ciel. Cives Sanctorum. Voyez, les enfants de la France versent leur sang pour se défendre contre l’invasion et garder l’adoption de la patrie; combien plus ne dois-je pas sacrifier pour garder mon titre d’enfant de Dieu, de citoyenne de la patrie céleste. Je voudrais donc, mes chères filles que vous fassiez souvent votre méditation sur le désir du ciel, la possession de Dieu; je voudrais que lorsque vous avez certains désirs terrestres, vous voyiez ce qu’ils sont auprès de ce grand désir, ou pour mieux dire, que vous les fassiez passer tous par ce grand désir du Ciel. Je maintiens que si vous étiez plus sérieusement préoccupées de cette vertu d’espérance, l’ordre le plus parfait règnerait dans la maison. On vous envoie garder les enfants pendant la récréation, je ne pourrai pas causer, me délaisser. Qu’importe? Au Ciel, j’aurai d’autres jouissances. On ma dit d’aller laver la vaisselle, c’est ennuyeux. Oui, mais au ciel, j’aurai quelque chose de mieux à faire que de laver les assiettes de terre. On me donne une classe inférieure à faire, lorsque je crois mon intelligence capable d’enseignements plus relevés; ces enfants sont si ignorantes, pas moyen de parler avec elles! Eh bien, lorsque je causerai avec les Séraphins, j’aurai bien d’autres conversations que celles qu’on peut avoir avec les élèves les plus distinguées. Ma Supérieure me réserve les choses ennuyeuses à faire, c’est toujours moi que l’on prend pour les corvées. Grand malheur! Plus je fais de corvées désagréables sur la terre, plus mon bonheur sera grand dans le ciel, pourvu que je prenne bien les corvées. Songez à cela. Voyez cette belle indifférence dans laquelle doit s’établir une Religieuse qui est pleine de l’espérance. Quand je songe à ce bien qui m’attend là-haut, que peut être pour moi tel petit avantage, telle petite privation, telle conversation dont on me prive, une Communion qu’on me refuse, une pénitence qu’on m’impose, un reproche qu’on me fait. Cela n’est rien du tout, cela ne me touche même pas si je le prend dans l’ordre de Dieu. Je vous en conjure donc, mes filles, nourrissez-vous dans la vertu d’espérance. Je termine par une autre considération. Toutes les nations ont été grandes selon le but qu’elles se sont proposés. A ce point de vue, voyez la grandeur de la nation catholique par excellence, l’Eglise. Dieu est son territoire, son domaine; son but. Mais laissons l’Eglise considérée comme un corps social; prenons les membres de l’Eglise, les Religieuses en particulier: quelle grandeur dans la destinée qui vous est faite! Votre but, c’est Dieu! Comme les nations cherchent leur grandeur, l’une dans l’empire des mers, l’autre dans la conquête, le chrétien, la Religieuse ont un but: la plus haute possession de Dieu. Pouvez-vous vous imaginer un principe plus fécond de grandeur, pouvez- vous monter plus haut dans vos aspirations? Si vous êtes bien pénétrées de ces vérités, voyez donc votre action auprès des enfants et des personnes du monde, la supériorité que la pratique de l’espérance vous donne si vous le voulez. Veuillez le très fortement, très énergiquement et vous serez étonnées de la supériorité incomparable que l’espérance vous donne sur ceux qui ne sont pas chrétiens. Si vous êtes pleines de saints désirs, vous éprouverez le besoin de les communiquer; en disant aux autres que vous avez trouvé le véritable bonheur, vous ferez naître dans les âmes le désir de le partager; on sentira que vous faites bon marché de tout ce qui n’est pas divin, que vous avez renoncé à toute jouissance parce que vous avez soupiré après le véritable bonheur, et que vous êtes attachées uniquement à la jouissance de Dieu et que si on veut trouver le bonheur sur terre, il faut le chercher comme vous l’avez fait.

Savez vous qu’une religieuse qui, dans l’enseignement qu’elle distribue, ferait sentir qu’elle est en possession du vrai bonheur, aurait une supériorité immense sur tout ce qui l’entoure, en montrant le mépris qu’elle a de tout ce qui n’est pas Dieu et la joie qu’elle y goûte, et en cherchant à communiquer son bonheur. Souvenez vous aussi que le trésor que vous avez trouvé, vous pouvez le donner à d’autres sans que votre part s’amoindrisse. Dieu se donne à tous et chacun peut avoir de lui une part infinie. Ne craignez pas de distribuer autour de vous ce désir de Dieu; votre bonheur ne sera pas diminué, vous l’augmenterez au contraire de tout celui que vous faites désirer. Répandez cette vertu d’espérance; faites comprendre aux petites âmes qui vous sont confiées que tout ce qui passe est futile, est vain; que toutes les choses créées qui ne se rapportent pas à Dieu sont au néant, au mensonge, au péché. Apprenons leur à être heureuses par la vertu d’espérance qui leur ouvre un horizon immense et nouveau; les jeunes intelligences, trop faibles pour pratiquer la perfection de la charité, recevront facilement ces enseignements; leur soif de bonheur y trouvera sa satisfaction et cette vertu d’espérance qui est une initiation théologale, surnaturelle, dans laquelle le St Esprit agit les aidera à arriver plus fortement à l’amour de Dieu. Il en résultera un bien incomparable pour vous et pour les autres. Ce ne sera pas encore la possession de Dieu, mais nous serons infailliblement dans la voie qui nous y mènera un jour si nous savons pratiquer les vertus apostoliques comme les filles de l’Assomption doivent être jalouses de les accomplir. Ainsi-soit-il.

Notes et post-scriptum