COURS DE THEOLOGIE MYSTIQUE

Informations générales
  • TD41.177
  • COURS DE THEOLOGIE MYSTIQUE
  • X. *Prédestination*
  • Ms du P. Alexis Dumazer CY 56; T.D. 41, pp. 177-179.
Informations détaillées
  • 1 AUGUSTIN
    1 BONHEUR
    1 CHATIMENT
    1 CIEL
    1 ENFER
    1 ESPERANCE
    1 ETRE HUMAIN
    1 FOI
    1 GRACE
    1 GRACES
    1 INCARNATION DE JESUS-CHRIST
    1 JUSTICE DE DIEU
    1 LIBERTE
    1 MYSTERE
    1 PERFECTION
    1 PREDESTINATION
    1 PUISSANCE DE DIEU
    1 SAGESSE DE DIEU
    1 SAINTS
    1 SALUT DU GENRE HUMAIN
    1 THOMAS D'AQUIN
    1 VIE DE PRIERE
    1 VOLONTE DE DIEU
  • Etudiants assomptionistes
  • 1872-1873
La lettre

Nous ne traiterons pas cette question au point de vue dogmatique: elle nous entraînerait à des longueurs et nous nous heurterions à des problèmes insolubles. Posons d’abord quelques principes:

1° Il s’agit là d’un mystère incompréhensible;

2° Il faut surtout, en parlant de la prédestination, s’appuyer sur la foi;

3° Ou Dieu n’existe pas, ou il est infiniment juste;

4° Cette justice n’en subsiste pas moins, lors même que nous ne la comprenons pas;

5° En Dieu, la volonté suit l’intelligence, comme nous l’avons dit plus haut;

6° Une volonté infiniment intelligente ne fait rien que de très sage.

Ceci posé, Dieu prédestine au salut en appelant les hommes de toute éternité d’après un plan général. Il agit cependant conformément à la nature des êtres, et par conséquent la liberté de l’homme n’est pas moins sauvegardée que la toute puissance de Dieu. Mais comment ces deux éléments sont-ils combinés? La prédestination est dans la volonté de celui qui prédestine, elle est positivement dans la pensée de Dieu. Dieu, au contraire, réprouve en permettant qu’on n’arrive pas au salut. Sicut praedestinatio includit voluntatem conferendi gratiam et gloriam, ita reprobatio includit voluntatem permittendi aliquem cadere in culpam, et inferendi damnationis poenam pro culpa. Les théologiens se sont disputés sur ce texte. Il est accepté par l’Eglise. Il est donc en Dieu la volonté, non de procurer, mais de permettre la damnation. La préscience des mérites n’est pas la cause de la prédestination, car avant cette préscience Dieu aimait les prédestinés. Enfin saint Thomas insiste sur ce point que la prédestination est le fait de la volonté de Dieu, et il est impossible de trouver une autre raison. Ici la pensée se trouble, car en suivant les calculs humains, on est tenté d’admettre en Dieu des caprices, mais c’est ici surtout qu’il faut recourir au principe de saint Thomas, Voluntas intellectum consequitur; et de rappeler qu’il s’agit d’une volonté infiniment intelligente. Dans quelle mesure se combine-t-elle avec la volonté humaine? Voilà le mystère.

Devant ce mystère examinons où nous en sommes. La nature intelligente créée n’est point capable d’arriver par ses propres forces au bonheur surnaturel; elle n’a droit à rien de plus que le bonheur naturel, et encore a-t-elle par le péché perdu ce droit et mérité le malheur éternel. Ceux donc qui sont appelés le sont par grâce, et dans l’état de nature tombée cette grâce devient plus insigne. La justice de Dieu s’exerce sur ceux qui ne correspondent pas à cette grâce, mais ils ne peuvent se plaindre, puisque Dieu a prouvé par l’Incarnation qu’il voulait tout faire pour eux. Il a donné à tous le moyen de se sauver, et cependant le nombre des élus est arrêté. Autre mystère. Adorons et tremblons en méditant l’ensemble de ces vérités, et rendons-nous compte de ce qu’une âme chrétienne doit offrir à Dieu en échange de tant de grâces. La justice de Dieu peut-elle châtier une âme qui l’aurait adorée toute sa vie et l’aurait servie dans la crainte: Servite Domino in timore, et exultate ei cum tremore? Peut-elle ne point faire miséricorde à une âme défiante d’elle-même et qui s’anéantit devant la majesté infinie?

Les conséquences que nous devons tirer de cette doctrine sont au nombre de deux principales: 1° Nécessité de la prière. Cette grâce de la prière est toujours accordée à l’homme, et par elle il peut obtenir d’autres grâces. Correspondons à ces grâces par l’effort de notre volonté pour en attirer de nouvelles. Songeons en tremblant au nombre immense des réprouvés.

2° Souvenons-nous que la seconde vertu théologale est l’espérance, qui nous ordonne de compter sur les mérites de J.C. et de demander avec confiance. A ce point de vue le mystère de la prédestination est un puissant aiguillon, pour nous faire sortir de notre torpeur et nous empêcher de faire comme le paresseux qui se dit: « Mon sort est fixé d’avance, qu’importe que je travaille! ». Si nous ne sommes pas prédestinés, nous pouvons nous prédestiner, dit saint Augustin, car Dieu ne nous abandonne jamais le premier: Non deserit, nisi deseratur. Il apparaîtra un jour que Dieu nous a traités en êtres libres, et nous récompensera ou nous punira suivant que nous aurons bien ou mal usé de notre liberté. Suivons l’exemple des saints, qui, loin de se croiser les bras, sont par des efforts constants arrivés au sommet de la perfection.

Notes et post-scriptum