30 août – 4 septembre 1853

Informations générales
  • TD44.193
  • [Plan et notes de Retraite à des prêtres professeurs]
  • Orig.ms. CQ 145; T.D. 44, pp. 193-208.
Informations détaillées
  • 1 AMOUR DES AISES
    1 AMOUR-PROPRE
    1 AUGUSTIN
    1 DEGOUTS
    1 DEVOTIONS
    1 ETUDE DES PERFECTIONS DE JESUS-CHRIST
    1 FOI
    1 LUTTE CONTRE LE PECHE
    1 MAITRES CHRETIENS
    1 MORTIFICATION
    1 ORAISON
    1 PERFECTION
    1 PRETRE
    1 PRETRE EDUCATEUR
    1 RETRAITE SPIRITUELLE
    1 SACERDOCE
    1 SALUT DES AMES
    1 SERVICE DE L'EGLISE
    1 TRAVAIL DE L'ETUDE
    1 VIE DE PRIERE
    1 VIE DE SACRIFICE
    1 VIGILANCE
    1 VOLONTE PROPRE
    2 BERNARD DE CLAIRVAUX, SAINT
    2 BOSSUET
    2 JEROME, SAINT
    2 PIE IX
    2 TERTULLIEN
    2 THOMAS DE CANTORBERY, SAINT
  • 30 août - 4 septembre 1853
La lettre

1. Salut.

Qui ergo potest intelligere, quomodo universae creaturae conditor Deus gubernet eam per animas sanctas, quae ministeria ejus sunt in coelis et in terris, quia et ipsae sanctae animae ab eo factae sunt, et in ejus creatura principatum tenent, qui ergo potest intelligere, intelligat, et intret un gaudium Domini sui. S. Augustin, De agone christiano.

Rogamus vos, fratres, ut vestrum negotium agatis. Quelle est cette grande affaire? Le salut. Est-il nécessaire d’en parler à des prêtres? Oui, parce qu’ils l’oublient plus que d’autres peut-être, parce qu’ils ont peur des obstacles.

I. Importance du salut.

J’ai dit que rien n’est important que le salut. C’est l’éternelle pensée de Dieu. Haec est voluntas Dei, sanctificatio vestra.

Pourquoi l’homme a-t-il été créé? Pourquoi racheté par le Fils? Don du Père: Sic Deus dilexit mundum… Christus dilexit me.

Pourquoi suis-je sanctifié par le Saint-Esprit? – Aidé par les anges.

Nonne omnes sunt administratorii spiritus?

C’est l’oeuvre de toute l’Eglise. – Tout se rapporte là. Le salut. – Rien n’a de mérite que par le salut. Quid prodest homini?…

II. Obstacles au salut chez le prêtre.

1° L’illusion. – Il semble que tout ce que l’on entend s’applique aux autres, mais ne s’applique pas à nous: d’où l’on ne profite ni des avis, ni des sermons, ni des lectures. Illusion! La dignité du prêtre que l’on confond avec les devoirs du prêtre. On est très préoccupé de sa dignité, on l’est très peu de ses devoirs, l’on ne se sauve pas.

2° La routine. – Ce que l’on croit devoir faire, on le fait machinalement, sans mérite, sans fruit, sans vertu. Routine du prêtre professeur.

3° L’endurcissement. – On fuit toute peine, on suit toutes ses fantaisies, et l’on a toujours une raison théologique pour les justifier.

Le temps de la retraite est fait pour dissiper ces illusions. Briser la croûte de la routine, fondre l’endurcissement.

Avis sur les confessions.

2. Sacerdoce.

Avis sur les lectures, les vies des saints.

Fecisti nos Deo nostro regnum et sacerdotes, et regnabimus super terram. Apoc., V, 10. – Remarque que ces paroles sont dites par les 24 vieillards.

Tu es sacerdos in aeternum.

Quel sujet plus magnifique, lorsque l’on envisage ce sujet en soi? Sic nos existimet homo. Mais quelle distance entre le modèle et les copies!

Ministros Christi. En quoi faisons-nous son oeuvre, en tant que son oeuvre? Pour lui? En quoi sommes-nous ses ministres? En quoi ne dépendons-nous que de lui? En quoi pratiquons-nous l’esprit d’obéissance? En quoi prenons-nous à coeur ce qui le touche? Quelle mollesse! Quelle lâcheté! Quels retours sur nous-mêmes!

Dispensatores mysteriorum. Quelle idée nous faisons-nous de si importantes fonctions? Quel est notre esprit de foi? Quelle notre raison?

Hic jam quaeritur ut vix fidelis quis inveniatur. Et pourtant quel plus magnifique modèle? Jésus-Christ, prêtre dès le premier instant de sa vie. Mais non, il n’y a plus de vrai prêtre.

Hic jam quaeritur…

3. Exercices de piété.

On se plaint en général de la sécheresse que l’on éprouve au service de Dieu. Messieurs, cela vient en grande partie de la lâcheté avec laquelle on fait ses exercices de piété. Les exercices de piété sont ce que l’eau est pour la terre. Sans doute il y a des terres stériles par l’humidité, comme il y a des âmes lâches, parce qu’elles ne savent pas s’exercer à la piété autrement qu’en se surchargeant d’exercices plus nuisibles qu’utiles. Il est des terres qui s’arrosent d’elles-mêmes, il en est d’autres qui ont besoin d’être arrosées avec industrie. C’est une combinaison d’humidité.

Le but, c’est la présence de Dieu et les vertus.

Les moyens, c’est la prière modifiée dans l’oraison, l’adoration du Saint-Sacrement, le chapelet, la lecture; mais tout cela est soumis à une condition, l’effort. Il faut faire sans cesse des efforts sur soi.

La fidélité à ses exercices, malgré l’ennui, porte la joie, la ferveur, la piété.

Les faire pour en inspirer le goût.

Exercices, à cause des enfants.

Exercices faits en commun.

4. Enseignement.

Sicut autem nemo a seipso esse potest, ita etiam nemo a seipso sapiens esse potest; sed ab illo illustrante, de quo scriptum est: Omnis sapientia a Deo est. S. Aug. Enchiridion.

Non arbitratus sum me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum, et hunc crucifixum.

Je me représente un sculpteur en présence d’un bloc de marbre; il ne peut en faire jaillir une statue qu’en tant qu’il en aura l’idéal. De même, le maître chrétien dans son enseignement. L’idéal, c’est Jésus-Christ; il ne doit pas savoir autre chose et il doit le communiquer. Comment?

1° Par l’union à Jésus-Christ. Sicut autem… Vosmetipsos tentate si estis in fide: ipsi vos probate. An non cognoscitis, quia Christus Jesus in vobis est? Nisi forte reprobi estis. II Cor., XIII, 5.

2° Par l’imitation de Jésus-Christ. Estote imitatores Dei, sicut filii charissimi. Ephes. V, 1.

3° Par l’étude des divers modèles que renferme cet unique modèle. Tous les enfants doivent être des copies de Jésus-Christ, mais non pas de la même façon.

4° Par un zèle douloureux. Filioli quos iterum parturio, donec…

5° Par une science qui rapporte tout à Dieu. Digne evangelio Dei conversamini… Ut ambuletis digne Deo per omnia placentes; in omni opere bono fructificantes in scientia Dei.

5. Amour de l’intérêt.

Quid est autem aliud quod malum dicitur, nisi privatio boni? Mais on blesse mes intérêts, direz-vous. Que craignez-vous? répond saint Augustin, cum magis facienti quam patienti absit omne peccatum.

Regnat enim carnalis cupiditas, ubi non regnat Dei charitas.

Minuitur cupiditas, charitate crescente.

Radix est omnium malorum cupiditas. Per hanc cupiditatem regnat in homine diabolus, et cor ejus tenet. S. Augustin, Enchiridion.

Nemo potest duobus dominis servire.

L’intérêt personnel, voilà le crime du prêtre. Il est seul, sans famille, il songe à lui. L’intérêt personnel.

1° Tue l’esprit de foi. Quel esprit de foi avec toutes les combinaisons humaines? De là la parole du prêtre morte. Il descend du monde supérieur, il s’abaisse tous les jours davantage.

2° Dégoûte du ciel: Ubi est thesaurus tuus, ibi et cor tuum erit.

3° [Tue] l’esprit de prière: on songe à ce que l’on gagnera, aux succès que l’on aura; on veut avoir n’importe quoi.

4° Perte de la charité. Regnat enim carnalis cupiditas, ubi non regnat Dei charitas. s. Augustin; comme aussi minuitur cupiditas, charitas crescente. s. Augustin.

Radix est omnium malorum cupiditas. Per hanc cupiditatem regnat diabolus in homine, et cor ejus tenet.

6. Amour de ses aises.

L’Eglise est dans ce monde comme étrangère. Cette qualité fait sa gloire. Bossuet: S. Thomas de Cant.

Elle montre sa dignité et son origine céleste, lorsqu’elle dédaigne d’habiter la terre. Elle ne s’y arrête donc pas, mais elle y passe; elle ne s’y habitue pas, mais elle y voyage. Ce qu’elle appréhende le plus, c’est que ses enfants s’y naturalisent, et qu’ils ne fassent pas leur principal établissement là où ils ne doivent avoir qu’un lieu de passage. Ibidem.

Et vous voulez y prendre vos aises! Non habemus hic manentem civitatem, sed futuram inquirimus.

Nihil nostra refert in hoc caeno, nisi de eo quam celeriter excedere. Tert., Apol., 41. – Scio et humiliari, scio et abundare: ubique et in omnibus institutus sum, et satiari et esurire, et abundare et penuriam pati. Phil., IV, 12.

Quis beatam vitam esse arbitretur iis quae contemnenda esse docuit filius Dei. S. Augustin.

Multos, inquiunt, etiam christianos fames diuturna vastavit. Hoc quoque in usus suos boni fideles pie tolerando verterunt: quos enim fames necavit, malis vitae hujus sicut corporis morbus eripuit; quos autem non necavit, docuit parcius vivere, docuit productius jejunare. S. Aug. De civit. Dei, lib. I, cap. X.

Du soin de la santé. Hoc scio neminem esse mortuum, qui non fuerat aliquando moriturus.

Penchant de l’homme pour ses aises produit:

La mollesse – [dans le] logement, vêtements, nourriture;

La paresse, de peur de se fatiguer, – malédiction contre les paresseux;

La peur, la peur de mourir. – Exemple de l’abbé de Rancé;

L’esprit chrétien.

A donner aux enfants esprit sévère, esprit d’action, esprit de courage.

7. Dégoûts.

Rien de plus facilement dégoûté de tout que le prêtre qui aime ses aises.

Qu’il y ait des dégoûts dans la vie du professeur, rien de moins étonnant. Où n’en trouve-t-on pas? Il faut pourtant les examiner; j’en trouve plusieurs causes.

1° L’antipathie pour l’état en lui-même: il faut le quitter.

2° Certains abus dans une maison. J’en conviens; seulement vous les augmentez par vos murmures et vous vous en plaignez.

3° Opposition des caractères, grand moyen de sanctification.

4° Enfin votre propre caractère: vous vous porterez partout.

Concluons. Il y a des dégoûts partout, et il n’y en a nulle part, quand on le veut avec un peu d’énergie de caractère et un peu d’amour de la croix.

8. Amour-propre.

Voir un passage de Bourdaloue sur l’excellence du sacerdoce, 1ère partie. Je dis: prêtres vains et présomptueux…

Je n’ai pas parlé de la grande cause des dégoûts, l’amour-propre. Nous avons de petits dégoûts, parce que nous sommes de petits orgueilleux, et de grands dégoûts parce que nous sommes de grands orgueilleux. Examinons l’amour-propre dans quelques-unes de ses formes et dans les effets qui en découlent.

1° L’égoïsme. Le professeur égoïste, personnel.

2° La vanité: ne travaille que pour le succès.

3° La susceptibilité: tout l’offusque.

4° L’orgueil: humeurs noires, ambition.

Effets: 1° l’égoïsme. Perte de l’esprit d’une maison, chacun ayant le sien propre.

2° Vanité ridicule: perte de l’esprit de foi.

3° Susceptibilité: cancans et coteries.

4° Orgueil: perte de la grâce, aveuglement, scandales, bouleversements.

9. Oraison.

Cum autem initio fidei quae per dilectionem operatur, imbuta mens fuerit, tendit bene vivendo etiam ad speciem pervenire, ubi est sanctis et perfectis cordibus nota ineffabilis pulchritudo, cujus plena visio est summa felicitas. S. Augustin, Enchir.

Oportet semper orare, et numquam deficere. Ai-je besoin de vous dire de quelle nécessité la prière est pour nous et pour les autres.

I. Pour nous.

Ranimer notre langueur habituelle. Notre sécheresse par les études. Nos distractions par les affaires. Notre dissipation même par les bonnes oeuvres.

Et pourtant notre but est l’union à Dieu. Nous avons tous les jours à monter à l’autel.

II. Pour les autres.

C’est du coeur que partent les discours qui convertissent, et le coeur s’échauffe dans la prière.

Prière pour l’Eglise, comme Jésus au jardin des Olives.

Prière pour toute une maison qui va mal.

Prière pour quelques élèves que l’on ne peut convertir.

Puissance du prêtre par la prière. Exaudita est pro sua reverentia.

Et primum quidem ipsum fontem suum, id est mentem de qua oritur purificata consideratio. Deinde regit affectus, dirigit actus, corrigit excessus, componit mores, vitam honestam et ordinat, postremo divinarum pariter et humanarum rerum scientiam confert. S. Bernard, De consid., lib. I, cap. VIII.

10. Esprit de sacrifice.

C’est une loi établie que l’Eglise ne peut jouir d’aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants, et que pour affermir ses droits il faut qu’elle répande son sang. Bossuet, Panég. de s. Thomas de Cant. – L’Eglise n’est jamais plus forte que lorsqu’elle parle par la voix du sang. Bossuet, Ibid.

Et ego pro Deo mori paratus sum, et pro assertione justitiae, et pro Ecclesiae libertate, dummodo effusione sanguinis mei pacem et libertatem consequatur. Paroles de s. Thomas mourant.

Toutes les fois que les politiques réclameront le droit de la force, il faut des prêtres pour réclamer le droit du martyre.

Omnes divinae providentiae serviunt, sed alii obediunt tanquam filii, et faciunt cum ea quod bonum est, alii vero ligantur tamquam servi, et fit de illis quod justum est. S. Augustin. – Romains, V, 3.

Les biens temporels sont l’hameçon: le poisson qui s’y prend en souffre. Ainsi des pécheurs. Celui qui ne s’y attache pas ne peut pas en souffrir.

Cruciatus corporis malas animas miserabiliter affligit, bonas autem fortiter purgat. S. Augustin.

Esprit de sacrifice, source de perfection pour le prêtre, moyen puissant de servir l’Eglise et de glorifier Dieu.

I. Source de perfection.

Si quis vult venire post me. Que faut-il sacrifier? Ses défauts. – Luttes et prétextes.

Ses vertus – pour Dieu et non pour moi. – Sa santé, sa réputation, sa fortune, sa vie. – Que manque-t-il alors? C’est le martyre, la plus grande preuve d’amour que l’on puisse donner. Majorem charitatem nemo habet.

II. Principe d’action.

Ut possitis comprehendere cum omnibus sanctis, quae sit latitudo et longitudo, et sublimitas et profundum; scire etiam supereminentem scientiae charitatem Christi, ut impleamini in omnem plenitudinem Dei. Ephes., III, 18 sq. S. Jérôme expliquant ce passage et l’appliquant à la croix : Me mirum, si quis Christi universa possideat, cum etiam si quis crucifixus fuerit cum Christo, eamdem habet potestatem. Voilà la puissance du sacrifice. – La science de la croix est la science de la charité.

Quelle puissance que celle d’un martyr! Aujourd’hui l’Eglise perd sa puissance morale, parce que l’on ne croit plus à la charité, à l’esprit de sacrifice de ses membres.

Prière de s. Thomas de Cantorbery – Soyons humbles.

Esprit de sacrifice du professeur envers ses supérieurs, ses collègues, ses élèves.

11. Surveillance.

Toute sa vie [du diable], c’est un mouvement éternel par lequel il monte et descend, méditant toujours en lui-même le dessein de notre ruine. Videbitis coelum apertum, et angelos Dei ascendentes et descendentes. Les anges montent vers Dieu, descendent vers les hommes, poussés par un double amour qui se perd dans un seul.

Nécessité de tenir sans cesse sa pensée élevée vers le ciel.

L’obligation de la surveillance.

Différence de la surveillance chrétienne et de l’autre. Esprit de la surveillance. – Diverse selon les positions. – Unité de la surveillance.

Moments de la surveillance – Etudes et classes. – Contre les rumeurs, les billets.

Réfectoire: contre la gourmandise.

Chapelle: contre la légèreté. On connaît là les enfants.

Sorties pendant les études – Contre les rencontres.

Récréations: contre les mauvaises liaisons.

Dortoirs: contre les rencontres nocturnes.

Nécessité de prier, surtout les anges gardiens.

12. Mortification.

Et, comme dit Bossuet en parlant de la vermine trouvée dans le cilice de s. Thomas de Cantorbery, « ne craignons pas de remuer ces précieuses ordures ».

Naturae igitur omnes, quoniam naturarum prorsus omnium conditor summe bonus est, bonae sunt, sed quia non sicut eorum conditor summe atque incommutabiliter bonae sunt, ideo in eis et minui bonum et augeri potest. S. Aug. Enchirid.

Filii Dei, quamdiu mortaliter vivunt, cum morte confligunt.

Sine dolore non pereunt, quae cum amore possessa sunt.

Ego, quos amo, arguo et castigo. Aemulare ergo, et paenitentiam age. Apoc. III, 19.

La mortification repose sur deux principes, l’horreur du péché et l’amour du prochain.

I. Horreur du péché.

Nous ne l’avons pas. Que sont nos confessions? Des actes de routine. Pourquoi? Parce que nous n’avons pas l’horreur du péché. Pourquoi? Parce que nous ne nous excitons pas par une confession et une satisfaction convenables. Pourtant qui doit avoir horreur du péché, sinon le prêtre? Horreur du péché, qu’il doit poursuivre en lui et dans les enfants.

II. Amour du prochain.

Nécessité de satisfaire pour les enfants, uniquement parce qu’ils lui sont confiés, à cause de la responsabilité.

Nécessité de satisfaire pour les scandales.

Nécessité de satisfaire pour les enfants mal élevés.

Comment? Par toute la vie, par toutes les souffrances.

Mortification, expiation de ses fautes.

Détails sur la sanctification. Exercice de force.

Sanction de l’enseignement.

Payement des dettes envers toutes les âmes que nous avons scandalisées.

13. Esprit de foi.

Venitque Achab in occursum Eliae. Et cum vidisset eum, ait: Tunc es ille qui conturbas Israël? Et ille ait: Non ego turbavi Israël, sed tu… III Reg., XVIII, 16-18.

La voie par laquelle nous allons à Dieu, quelle est-elle? Saint Augustin répond: Quae via fides est Christi, quae per dilectionem operatur. Ex ista fidei confectione quae symbolo continetur, et carnaliter cogitata lac parvulorum est, spiritaliter autem considerata atque tractata, cibus est fortium, nascitur spes bona fidelium, cui caritas sancta cognitatur. S. Augustin, Enchiridion.

Quibus recte consideratis atque perspectis, attende utrum aliquid mali acciderit fidelibus et piis, quod eis non in bonum vertetur: nisi forte putandum est, apostolicam illam cacare sententiam, ubi ait: scimus quoniam diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum. Amiserunt omnia quae habebant. Numquid fidem? Numquid pietatem? Numquid interioris hominis bona qui est ante Deum dives? Hae sunt christianorum opes, quibus opulentus dicebat Apostolus: Est autem quaestus magnus pietas cum sufficientia. S. Augustin, De civit. Dei, lib. I cap. X.

Justus autem meus ex fide vivit.

Si une qualité est nécessaire à un prêtre, c’est certes l’esprit de foi. Pour lui, c’est la lumière et sa force. Pour les enfants, pour son action sur eux; pour les relever des misères de leurs familles; pour élever le niveau chrétien de tous; pour les enseigner; pour leur faire tout juger au point de vue de la foi, que d’études, que d’efforts, que de méditations à faire sur ce sujet!

Je vous prends plus spécialement au milieu de votre oeuvre et je pose la première codition, l’esprit de foi.

14. Etudes.

Ne vous attendez pas à ce que je vienne ici traiter la question des études, telle qu’elle a été soulevée dans ces derniers temps. Je m’en tiens à l’encyclique de Pie IX. Mais je veux vous poser deux propositions plus pratiques: il faut étudier; il faut faire étudier.

I. Il faut étudier.

Peut-être la classe la plus paresseuse est la classe sacerdotale. On se fait une routine et l’on s’y tient. On a des traductions et l’on s’en sert. Mais les études fortes, qui les fait? – A quoi bon? me répondra-t-on. Pour être curé de village? – Pour vous sauver. – Pour être professeur dans un petit séminaire? – Je voudrais vous faire comprendre votre crime. Vous êtes chargé des jeunes générations. Avec quelle irrévérence les traitez-vous? Peribit in scientia tua frater, propter quem Dominus Jesus Christus mortuus est.

II. Il faut faire étudier.

Pourquoi les études sont-elles faibles? Parce que l’on ne sait pas faire étudier. Je sais que c’est un don, mais il peut s’acquérir et se développer. Pourquoi les universitaires sont-ils si habiles? Pourquoi le sommes-nous si peu? Ils ont un intérêt, ils ont ne ambition, et le prêtre catholique n’en a pas. Ah! si le traitement augmentait avec la classe ce serait autre chose. Mais non; on n’a aucun intérêt, on ne fait pas travailler.

On ne prépare pas sa classe, si l’on est professeur; on travaille pour soi, si l’on est surveillant. Etude et classe, tout va de travers. Quelle responsabilité pourtant! Avoir gardé si longtemps des enfants et ne pas les rendre meilleurs!

15. Relations.

Question difficile entre toutes. Nous ne pouvons pas être toujours sur la chaire. Nous pouvons toujours enseigner dans l’intimité des relations. Devons-nous avoir des relations? Si prêtres, oui. – Si professeurs, moins, mais oui encore.

Esprit du sacerdoce, esprit apostolique. – Donc partout prêcher.

Si professeurs. Esprit de saint Ignace dans la fondation des collèges.

Quelles relations? Ni dangereuses, ni inutiles, parce qu’il faut les rendre toutes profitables.

Relations entre confrères. Que de bien dans ces relations, si elles sont au-dessus du commérage!

Relations entre confrères hors de la communauté. Pourquoi ne sommes-nous pas les plus édifiants?

Relations avec les parents.

Relations avec les enfants. Amitiés particulières.

16. Vie de communauté.

Ecce quam bonum, et quam jucundum, habitare fratres in unum.

I. Conditions.

Humilité, pour détruire les aspérités de l’amour-propre. C’est l’huile de la machine.

Bon caractère, pour supporter mille misères.

Esprit d’unité pour ne former qu’un tout.

Amour de la maison.

II. Fruits.

Une force morale toute particulière. Frater qui adjuvatur a fratre, tamquam civitas firma.

Action morale plus grande. Union fait la force.

Edification réciproque. Plus à l’abri du relâchement.

Protection: on se garde.

Dangers: les petites coteries, les oppositions.

Et pourtant quelle puissance, si l’on veut, par la vie de communauté! Voyez la Trappe.

17. Jésus-Christ.

Cumque quaeritur quisque sit homo bonus, non quaeritur quid credat aut speret, sed quid amet. Nam qui recte amat, procul dubio recte credit et sperat. S. Augustin, Enchiridion.

Erigat spem suam genus humanum, et recognoscat naturam suam; videat quantum locum habeat in operibus Dei. S. Aug., De agone.

Jesus Christus heri et hodie, ipse et in saecula.

A quoi la connaissance de Jésus-Christ est-elle plus nécessaire qu’au prêtre? Jésus-Christ, la science du prêtre. Quel modèle, quel livre! Toute science se résume là! Nos autem praedicamus Christum crucifixum. Quelle lumière! In ipso complacuit omnem plenitudinem habitare. Quel principe de vertus!

Jésus-Christ, l’amour du prêtre. Quelle force dans cet amour! Quel principe de dévouement: Mihi vivere Christus est, et mori lucrum. Cupio dissolvi, et esse cum Christo. Cet amour s’enflamme surtout à l’autel.

Mais aimer Jésus-Christ n’est pas l’aimer pour soi; on veut le faire aimer. Jésus-Christ, c’est la vérité, et la vérité, c’est le bien universel.

18. Amour de l’Eglise.

Les fidèles de ces temps-là regardant les empereurs de la sorte n’avaient garde de corrompre leur simplicité à la cour. Il ne fallait pas craindre que les faveurs des empereurs fussent capables de les tenter, et leurs mains, qu’ils voyaient trempées et encore toutes dégoûtantes du sang des martyrs, leur rendaient leurs offres et leurs présents non seulement suspects, mais odieux. Pour ce qui regardait leurs menaces, il fallait à la vérité beaucoup de vigueur pour n’en être pas ému; mais ils avaient du moins cet avantage qu’une guerre si déclarée les déterminait à la résistance et qu’il n’y avait pas à délibérer si l’on s’opposerait à une puissance qu’on voyait si ouvertement armée contre l’Evangile.

Mais après la paix de l’Eglise, après que l’empire s’est uni avec elle, les choses peu à peu ont été changées. Comme le monde a paru ami, les fidèles n’ont plus refusé les présents. Ces chrétiens sauvages et durs qui ne pouvaient s’apprivoiser avec la cour ont commencé à la trouver belle, et la voyant devenue chrétienne, ils ont appris à en briguer les faveurs. Ainsi les douceurs de la paix ont amolli les courages mâles, que l’exercice de la guerre rendait invincibles; l’ambition, la flatterie, l’amour des grandeurs se coulant insensiblement dans l’Eglise, ont énervé peu à peu cette vigueur ancienne, et même dans l’ordre ecclésiastique qui en était le plus ferme appui. Et, comme dit s. Grégoire, on a cherché l’honneur du siècle dans une puissance que Dieu avait établie pour l’anéantir. Bossuet, Panégyrique de s. Th. d’Antioche.

[D’une autre écriture: Le dogme de la virginité de Marie est nécessaire à la gloire de l’Eglise, quae imitando ejus matrem quotidie parit membra ejus, et virgo est. S. Aug. De agone… Ecclesia catholica per totum orbem longe lateque diffusa, impetus eorum prioribus temporibus frangens, magis magisque roborata est, non resistendo, sed perferendo. S. Aug. De agone.]

[Autre manière de traiter le sujet sur la même page.]

Ecce tabernaculum Dei cum hominibus.

La plus belle de toutes les causes est sans doute la cause de l’Eglise. Dépôt de toute science, elle apprend à l’homme le triple mystère de son origine, de sa nature, de sa destinée.

Maîtresse de toute vérité, [elle distingue?] ce qui est vrai de ce qui s’oppose à son enseignement.

C’est la maîtresse des hommes, elle les guide.

C’est la cause de l’humanité; c’est la cause des saints; c’est la cause de Dieu. Mais cette cause veut être défendue. Que d’ennemis contre l’Eglise? La persécution, l’hérésie, les infidèles, les mauvais chrétiens, le clergé.

Il faut lutter – Et portae inferi.

Nos devoirs: l’amour vigoureux, l’unité, l’obéissance.

19. Acrion sur les enfants.

En vivit filius tuus. Paroles d’Elie à la veuve de Sarepta. Voilà ce que tout maître devrait pouvoir dire.

Ce que j’ai à dire se réduit à quatre points: Prier, édifier, réprimer et aimer.

1° Prier – Si vous ne priez pas, vous n’aurez pas une action surnaturelle.

2° Edifier – L’exemple est tout. Quand une fois une maison est en train, l’exemple entraîne. Le maître doit être la règle vivante ou surpasser la règle.

3° Réprimer, surtout par la prévoyance; arrêter les abus tout à l’origine, les poursuivre sans relâche.

4° Aimer. Si l’on n’aime pas, on ne peut faire aucun bien. C’est la charité qui sépare et distingue un pion d’un prêtre.

Il en est qu’il faut conserver, d’autres ressusciter.

En vivit filius tuus.

20. Zèle pour le salut des âmes.

Corona victoriae non promittitur nisi certantibus. S. Augustin.

Ignem veni mittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur. Représentons-nous Jésus-Christ nous adressant ces paroles, examinons les conditions de zèle. J’en trouve trois.

1° La pureté du coeur. Puritas cordis in duobus consistit, in quaerenda gloria Dei et utilitate proximi. S. Bernard. Scrutons ces paroles et opposons-les au cachet de réprobation que saint Paul inflige à quelques prêtres: caeteri quae sua sunt quaerunt.

2° La prudence. Posui ori meo custodiam, cum consisteret peccator adversum me. Que de bien arrêté par des paroles inutiles! Vous faites le bien; ne soyez pas jaloux de le justifier. Que de couronnes perdues par d’inutiles justifications!

3° L’attente des persécutions – Vision d’Ananie. Vade, quoniam vas electionis est mihi iste, ut portet nomen meum coram gentibus, et regibus, et filiis Israël. Ego enim ostendam illi quanta oporteat eum pro nomine meo pati*. Aussi écoutez-le. Libentissime impendam omnia, et superimpendar ipse pro animabus vestris.

Ego enim jam delibor. – Mort de saint Paul.

Notes et post-scriptum