Aux Religieuses de l’Assomption

23 AUG 1860 Auteuil RA
Informations générales
  • Aux Religieuses de l'Assomption
  • Retraite prêchée par le P. d'Alzon aux Religieuses de l'Assomption d'Auteuil du 17 au 23 août 1860
    Septième jour - Première instruction - Sur la connaissance de l'amour de Jésus-Christ - Profession et prise d'habit
  • DA 11 (notes de Sr M.-Antoinette d'Altenheim), pp. 185-192.
Informations détaillées
  • 1 AMOUR DE JESUS-CHRIST POUR LES HOMMES
    1 AMOUR DIVIN
    1 AMOUR DU CHRIST A L'ASSOMPTION
    1 ANEANTISSEMENT DE JESUS-CHRIST
    1 AUGUSTIN
    1 BIEN SUPREME
    1 CHARITE ENVERS DIEU
    1 CROIX DE JESUS-CHRIST
    1 DEVOTION EUCHARISTIQUE
    1 DIEU LE PERE
    1 DIVINITE DE JESUS-CHRIST
    1 ESPERANCE
    1 ETUDE DES PERFECTIONS DE JESUS-CHRIST
    1 GLOIRE DE DIEU
    1 GRACE
    1 HUMANITE DE JESUS-CHRIST
    1 IMITATION DE JESUS CHRIST
    1 JESUS CHRIST VIE DU RELIGIEUX
    1 LOI DIVINE
    1 LOI HUMAINE
    1 MISERICORDE DE DIEU
    1 PRATIQUE DES CONSEILS EVANGELIQUES
    1 PRIERES AU PIED DE LA CROIX
    1 PUISSANCE DE DIEU
    1 RECHERCHE DE LA PERFECTION
    1 SALUT DU GENRE HUMAIN
    1 SOUFFRANCE ACCEPTEE
    1 SOUFFRANCES DE JESUS-CHRIST
    1 VETURE RELIGIEUSE
    1 VIE CONTEMPLATIVE
    1 VIE DE PRIERE
    1 VIE RELIGIEUSE
    1 VOCATION RELIGIEUSE
    1 VOEUX DE RELIGION
  • Religieuses de l'Assomption
  • RA
  • 23 août 1860
  • 23 AUG 1860
  • Auteuil
La lettre

Mes chères filles, soit que vous alliez vous dépouiller des livrées du siècle pour prendre les livrées de J.C., soit que vous alliez prononcer vos voeux après le temps d’épreuve fixé par l’Eglise, c’est de J.C. que je veux vous parler, de J.C. dont je veux vous entretenir: désormais, il doit être votre tout; vos affections doivent être dirigées vers lui. Combien il mérite de s’emparer de votre être, de votre coeur!… Je me le représente venant satisfaire comme une soif ardente de toutes vos facultés.

Est-ce le besoin de connaître, ce besoin qui constitue l’intelligence? En lui sont cachés les trésors de la sagesse et de la science de Dieu: In quo sunt omnes thesauri sapientiae et scientiae absconditi (Coloss., 2, 3). L’étude de N.S., la connaissance de son union avec son Père, ce qu’il est comme Dieu, comme homme, s’abaissant jusqu’à nous… il me semble que c’est un objet assez grand, assez magnifique, assez noble pour fixer vos intelligences. Si nous descendons dans les trésors de sa sagesse, nous trouverons la croix, qui est en même temps et son trône et sa chaire. Là vous apprendrez la science de la vie religieuse qui n’est autre que la croix. Le docteur des nations, l’apôtre par excellence, St Paul, déclare se glorifier de ne savoir autre chose que Jésus et Jésus crucifié: Non enim judicavi me scire aliquid inter vos, nisi J. Christum, et hunc crucifixum (I, Cor., 22). Quand vous connaîtrez J.C. selon sa puissance dans le ciel, selon sa miséricorde sur la terre, quand vous aurez mesuré l’étendue de ses magnificences, la profondeur de ses bienfaits, alors vous pourrez vous reposer dans vos investigations; jusque-là, efforcez-vous de vous enfoncer dans ce Dieu homme pour sonder les mystères de sa grandeur et de son amour. Etudier J.C., en prendre l’esprit, connaître tous ses enseignements, voilà votre vocation. Cela demande une vie de prière aux pieds du crucifix, et du crucifix au tabernacle il n’y a qu’un pas… C’est le même mystère d’amour: un Dieu mourant pour sa créature, et se cachant sous un peu de pain pour se donner à elle en nourriture… Vous y apprendrez l’anéantissement. La réparation du genre humain et la glorification de Dieu par la souffrance et la mort, voilà le but de la vie de J.C. Dans la prière et dans la contemplation, vous puiserez de nouvelles lumières, vous serez heureuses et fières de votre vocation, vous en bénirez Dieu et vous serez étonnées qu’on cherche à connaître autre chose que Jésus et Jésus crucifié, vous direz avec l’apôtre: Non me judicavi scire nisi J. et hunc crucifixum.

Ce même divin Sauveur ne doit pas être le sujet d’une contemplation sans résultat; ce n’est pas une science stérile, mais vivante, qui s’empare de toute votre vie: Finis legis Christus, ad salutem omni credenti (Rom., X, 4). Vous devez étudier toutes les vertus de J.C. afin de les pratiquer; dans cette étude, la force d’agir est jointe à la puissance de connaître. J.C. modèle de toutes les vertus, terme de toute loi, vous donne la force de l’aimer.

Dans le code d’une loi humaine, trouve-t-on la force de résister à tous les crimes qui y sont punis? Non, c’est une lettre morte qui frappe, punit, envoie aux galères ou à la mort, mais ne donne pas la force de résister à la tentation par laquelle les criminels se laissent entraîner à commettre les fautes qu’elle réprime. Et c’est là la différence qui existe entre les lois humaines et la loi de J.C. Celle-ci, en même temps qu’elle commande, donne la force pour accomplir le commandement. La loi en J.C., c’est lui-même: il est la loi, la plénitude de la loi, l’accomplissement de toutes choses, ou celui en qui toutes choses ont été rétablies, suivant cette parole de St Paul: Instaurare omnia in Christo (Eph. 1, 10).

Si vous me demandez la règle de votre vie, je vous répondrai: Jésus-Christ. Si, allant plus avant, vous voulez atteindre le terme de toute perfection, je vous répondrai encore: J.C. Plenitudo legis dilectio, et le coeur de J.C. n’est-il pas le terme de l’amour et de la loi? Il faut effort pour cela. C’est pourquoi J.C. nous dit par son prophète: Ego autem in laboribus a juventute mea (Ps. 13). Ce n’est qu’une perfection laborieuse qui peut être acquise par les créatures rachetées par le sang de J.C. à cause du péché d’origine; mais la grâce de Dieu nous soutient; avec elle nous sommes forts: omnia possum in eo qui me confortat. Aimez, et je vous dirai volontiers avec St Augustin, faites ce que vous voudrez. Dès que vous aurez aimé Dieu, de cet amour vous trouverez la force d’agir, d’avancer, de vous sanctifier. Voilà le 3e côté de votre bonheur: vous êtes appelées à vous consacrer à Dieu, mais ne parler que de loi, d’obligation, cela sent trop les rapports du maître et de l’esclave, il vous faut quelque chose de plus: vinculum caritatis; J.C. veut s’emparer de vos âmes: c’est par ce lien d’amour que vous devez vous attacher à ce divin maître et, en connaissant ses perfections, en pratiquant sa loi, vous désirerez lui plaire; il est impossible qu’il en soit autrement. La vie religieuse n’est pas autre chose que l’amour de Dieu en N.S. et par N.S.; c’est là le terme unique; et c’est là la raison de votre éternité. Dieu ne peut pas cesser d’aimer ce qu’il a une fois aimé. Dieu vous aime d’un amour éternel, cet amour ne peut cesser. La raison de son amour dans le passé est la raison de votre existence future, c’est aussi la raison de votre amour. Il vient vous en donner la force, car la créature ne peut pas aimer Dieu autant qu’il mérite d’être aimé, et c’est encore ici que vous pouvez dire: Omnia possum in eo qui me confortat. Je sais que de vous-mêmes, vous n’êtes que limon et boue, je vous dis comme les Pharisiens à l’aveugle-né: In peccatis natus es totus (Jean 9, 3); mais en même temps, quand J.C. vous a touchées, vous a donné la force de vous prosterner à ses pieds comme l’aveugle guéri, lorsque vous l’avez remercié de ses dons, que la reconnaissance est entrée dans votre coeur et vous a fait déclarer que vous ne désirez désormais qu’une seule chose: J.C. Spes mea et vita mea J.C. – J.C. est toujours J.C. – dans cette connaissance de J.C. et dans cette pratique de la loi, l’amour s’enflammant d’une ardeur toujours croissante, vous fera vous écrier: O Jésus Christ, O Jésus-Christ!!! J.C. votre vie, votre amour pourra quelquefois être crucifié, comme le disait un Père de l’Eglise: Amor meus crucifixus est, mais c’est là que vous le chercherez ici-bas, car vous lui demanderez pourquoi il a été crucifié. Par amour pour toi, mon enfant. Et vous voudrez l’être par amour pour lui. Voilà le sacrifice de l’amour qui prend son existernce: la vie religieuse est un crucifiement par l’amour. Alors vous sentirez le poids de la vie, vous direz avec l’Apôtre: J’aime ici-bas, mais je ne m’en contente pas; mon coeur est resserré dans la prison de mon corps ici-bas, je désire que mes entraves soient rompues, mes liens brisés, afin que je puisse jouir de la plénitude d’une surabondance de grâces qui m’attendent dans le ciel. Cupio dissolvi et esse cum Christo. Dans le sacrifice ou commencé ou consommé que vous allez faire, mes chères filles, vous pouvez dire: je trouve un commencement de dissolution, quelque chose de mes liens est rompu, je puiserai une vie nouvelle dans la connaissance de J.C. L’obéissance à la loi et aux conseils sera chaque jour une nouvelle preuve de mon amour jusqu’à ce que l’amour de Dieu donnant la perfection à mon amour, je puisse, avec celui que j’ai posé comme un cachet sur mon coeur, avec Jésus-Christ mon trésor, m’envoler vers l’éternité où je jouirai de celui qui est la joie infinie des saints. Ainsi soit-il.

Notes et post-scriptum