Aux Oblates de l’Assomption

SEP 1874 Nîmes Oblates
Informations générales
  • Aux Oblates de l'Assomption
  • Retraite prêchée par le Révérend Père d'Alzon sur l'Imitation de Jésus-Christ - 1er sept[embre] 1874
    Dixième instruction
  • CN 15, pp. 33-35.
Informations détaillées
  • 1 ACCEPTATION DE LA CROIX
    1 ACCEPTATION DE LA VOLONTE DE DIEU
    1 AMOUR-PROPRE
    1 BIEN SUPREME
    1 CIEL
    1 COMMUNION FREQUENTE
    1 DESIR DE LA PERFECTION
    1 ETERNITE
    1 HUMILITE
    1 IDEES DU MONDE
    1 JOIE SPIRITUELLE
    1 LUTTE CONTRE LE MONDE
    1 LUTTE CONTRE SOI-MEME
    1 PARESSE
    1 RECHERCHE DE DIEU
    1 REFORME DU COEUR
    1 RENONCEMENT
    1 SOUFFRANCE ACCEPTEE
    1 VERTU D'OBEISSANCE
    2 PIERRE, SAINT
    2 THERESE, SAINTE
    2 VALDEYRON, SAINT-PIERRE
    3 BEAUCAIRE
    3 THABOR
  • Oblates de l'Assomption
  • Oblates
  • du 1er au 8 septembre 1874
  • SEP 1874
  • Nîmes
La lettre

Livre III. – Chapitre 49. – Du désir de la vie éternelle et des grands biens promis à ceux qui combattent courageusement.

Je crois qu’à présent nous avons assez parlé de choses tristes, il nous faut maintenant nous entretenir de choses consolantes, c’est pourquoi nous allons méditer sur le ciel. Mes bonnes enfants, il est très bon de penser au ciel, de détacher son coeur de la terre, pour l’élever vers notre véritable patrie.

Ma fille, lorsque le désir de l’éternelle béatitude vous est donné d’en-haut et que vous aspirez à sortir de la prison du corps pour contempler ma lumière sans ombre et sans vicissitude, dilatez votre coeur et recevez avec amour cette sainte inspiration.

Rendez grâces de toute votre âme à la bonté céleste qui vous prodigue ainsi ses faveurs, qui vous visite avec tendresse, vous excite, vous presse et vous soulève puissamment de peur que votre poids ne vous incline vers la terre.

Il n’est pas bon de se trouver trop bien sur la terre; laissons la vision du Thabor, ne faisons pas comme saint Pierre, ne demandons pas des tentes pour y fixer notre séjour. Notre-Seigneur ne veut point cela, il veut que nous ayons le désir du ciel; aussi à peine saint Pierre a-t-il exprimé son voeu qu’une nuée vient lui dérober ce qui faisait son bonheur. Ainsi les religieuses qui se trouveraient trop bien ici-bas pourraient bien être privées de la vision de Dieu. Nous sommes créés pour le ciel et notre âme doit sans cesse soupirer après l’heureux moment qui doit combler ses voeux. Mon Dieu, que mon exil est long; quand me sera-t-il donné de vous voir et de vous posséder à jamais. Combien parmi mes filles souhaitent le règne de Dieu et désirent surnaturellement de mourir? Car rien de cela n’est le fruit de vos pensées ou de vos efforts mais une grâce de Dieu qui a daigné jeter sur vous un regard afin que croissant dans la vertu et dans l’humilité vous vous prépariez là de nouveaux combats et que tout votre coeur s’attache à moi avec la volonté ferme de me servir. Le ciel est la récompense mais avant d’y aller il faut le mériter et pour le mériter il faut accepter les souffrances, les humiliations et les mépris, non pour eux-mêmes mais comme des remèdes salutaires. De même qu’un malade prend tout ce qu’on lui donne pour le guérir, ainsi notre âme doit être disposée aux plus durs sacrifices. Mais aussi au ciel, quelle sera votre joie d’avoir souffert; car la récompense sera proportionnée aux peines et aux douleurs qui en ont été le prix. Dites-vous donc souvent: A cause de ces souffrances que j’endure, à cause de ces épreuves, de ces humiliations que je supporte il me sera donné d’entrer dans la gloire de mon époux, de jouir des douceurs de son amour pendant l’éternité. Oh, bonheur! et quel courage alors n’aurez-vous pas pour supporter avec patience et même avec joie les ennuis et les peines qui pourront se présenter? Mes filles, il ne s’agit pas seulement de souffrir, il faut encore savoir donner du mérite à ses souffrances. Dites-moi, quel mérite avez-vous obtenu par toutes les souffrances que vous avez endurées depuis deux ou trois ans? Allons, ne perdons plus de temps, moi si j’étais vous, je crois que j’irais dès ce soir trouver votre mère pour la prier de me faire souffrir; la croix, voilà toujours ce que nous devons désirer! Jésus-Christ n’est-il pas votre modèle, si vous l’acceptez vous ne pouvez rejeter sa croix. Ne la rejetez pas, mais aimez-la et dites à Dieu: Mon Dieu! j’accepte de bon coeur d’être éprouvée car je vous appartiens, je suis à vous pour toujours.

Que votre coeur s’attache à moi avec la volonté ferme de me servir. Ainsi vous devez désirer le ciel mais vous attendre aussi au combat et à la peine.

Quelque ardent que soit le feu, la flamme cependant ne monte pas sans fumée. Ne soyez pas étonnées qu’au milieu des meilleurs désirs vous n’éprouviez quelques misères; Dieu découvrira encore bien des faiblesses.

Ainsi quelques-uns, quoique embrasés du désir des choses célestes ne sont point néanmoins dégagés des affections et des tentations de la chair. Et c’est pourquoi ils n’ont pas en vue la seule gloire de Dieu dans ce qu’ils demandent avec tant d’instance. Demandez-vous ce qui honore Dieu? est-ce que je travaille, lorsque je serai tentée de paresse? que j’obéisse dans les moments de révolte? A quoi bon vous faire religieuses si vous ne voulez vous faire violence?

Demandez non ce qui vous est doux, non ce qui vous offre quelque avantage mais ce qui m’honore et me plaît. Car si vous jugez selon la justice, vous devez, docile à mes ordres, les préférer à vos désirs.

C’est moi qui suis le bien suprême, attendez-moi, dit le Seigneur, jusqu’à ce que vienne le royaume de Dieu.

Ranimez donc votre force et votre courage pour accomplir et pour souffrir ce qui répugne à la nature.

Comprenez-vous? et si vous comprenez, voyez combien le désir du ciel couvre d’imperfections. On désire le ciel mais on ne veut ni le mépris, ni les humiliations, ni les combats, ni les épreuves. Ah, ce n’est pas comme ça que je l’entends! c’est vrai peut-être mais ce qu’il y a de plus sûr c’est que c’est de cette façon qu’on doit l’entendre. Si cela ne peut entrer dans votre tête allez frapper à trois trappes et puis retournez dans votre famille.

Il faut que souvent vous fassiez ce que vous ne voulez pas et que vous renonciez à ce que vous voulez. Est-il possible qu’on me fasse tant souffrir, il est si bon d’être consolée, oui mais où se trouve la perfection? A moins que vous n’acceptiez la définition d’un pauvre imbécile qui était il y a quelques années au petit séminaire de Beaucaire. Il disait que la perfection consistait à avoir une soutane avec une queue bien longue et à demeurer devant le Saint-Sacrement. Il est bon de rester aux pieds de Notre-Seigneur, certainement, mais vous m’accorderez bien que la soutane avec une queue bien longue n’est point une marque de perfection.

Vous ferez ce que vous ne voudrez pas et ne ferez pas ce que vous voudrez. Voilà la vie religieuse, renoncer à sa volonté. Mais si prenant la volonté de Dieu vous la mettiez dans votre coeur à la place de la vôtre, vous n’auriez plus à renoncer à votre volonté. Mille obstacles s’opposeront à ce que vous souhaiterez. Vos supérieurs écouteront les autres et ne vous écouteront pas, personne ne parlera de vous, ne s’occupera de vous, pauvre cendrillon! La nature s’en affligera et ce sera beaucoup si elle le supporte en silence. Combien de fois l’avez-vous fait?

Il n’est presque rien qui vous fasse sentir autant le besoin de mourir à vous-même que de voir et de souffrir ce qui répugne à votre volonté, surtout lorsqu’on vous commande des choses inutiles ou déraisonnables. On ne vous fait pas cependant comme sainte Thérèse à ses filles, planter des concombres cuits, ni comme au couvent des carmélites qui pour éprouver une de mes cousines lui firent tremper des mouillettes de pain dans une coque vide.

Et parce que assujetties à un supérieur, vous n’osez résister à son autorité, il vous semble dur d’être en tout conduit par un autre et de n’agir jamais selon votre propre sens.

Voilà qui est un peu votre histoire. Votre Mère ou moi vous commande quelque chose, on le fait par force parce qu’on n’ose faire autrement et on dit en soi-même que cet ordre donné n’a pas le sens commun.

Il vous arrive de vous plaindre des autres et croyez-vous que les autres ne se plaignent jamais de vous?

Là (dans le ciel) je donnerai la gloire pour les opprobres soufferts, la joie pour les larmes, pour la dernière place un trône dans mon royaume éternel. Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers, ainsi je serai tout heureux si un jour Soeur Marie saint Pierre veut m’ouvrir la porte du ciel.

Vous ne devez rien désirer sinon que soit par la vie soit par la mort Dieu soit toujours glorifié en vous.

Je vous engage, mes enfants, à désirer le ciel de cette manière si contraire il est vrai aux idées humaines. Ayez donc toujours le regard fixé vers le ciel et puisque la sainte communion est le gage de la vie éternelle et que vous avez le bonheur de communier si souvent, demandez à Notre-Seigneur que chaque jour vous montiez d’un degré dans la perfection afin que vous arriviez un jour à jouir de sa gloire dans le ciel.

Notes et post-scriptum