Procès-verbaux du Tiers-Ordre des Hommes

21 jan 1851 Nîmes Tertiaires Hommes

Le but de l’oraison.

Informations générales
  • Procès-verbaux du Tiers-Ordre des Hommes
  • Cahier des procès-verbaux 1847-1851
    54. Séance du 21 janvier 1851
  • Ecrits spirituels, 1323-1325
  • CE 1, p.71-74.
Informations détaillées
  • 1 ACCEPTATION DE LA VOLONTE DE DIEU
    1 AGONIE DE JESUS-CHRIST
    1 AMOUR DU CHRIST
    1 COLLEGE DE NIMES
    1 DEGOUTS
    1 DEPASSEMENT DE SOI
    1 EFFORT
    1 EPREUVES SPIRITUELLES
    1 FIDELITE A LA GRACE
    1 GENEROSITE
    1 LUTTE CONTRE SOI-MEME
    1 ORAISON
    1 OUBLI DE SOI
    1 PERSEVERANCE
    1 RENONCEMENT
    1 TIERS-ORDRE MASCULIN
    1 UNION A JESUS-CHRIST
    1 VIE DE SACRIFICE
    1 VOLONTE PROPRE
    2 ANTOINE, SAINT
    2 BASTIEN, CLAUDE-HIPPOLYTE
    2 BLANCHET, ELZEAR-FERDINAND
    2 BLAUD, CLAUDE-JULES
    2 BOISSON, LOUIS-FRANCOIS-ALEXIS
    2 DOYEN-CAYOL, ALEXANDRE
    2 EVERLANGE, PIERRE-EMILE-LEON D'
    2 FERRY, FRANCOIS-LEON
    2 GERMER-DURAND, EUGENE
    2 HENRI, EUGENE-LOUIS
    2 HILARION, SAINT
    2 LAURENT, CHARLES
    2 LEGIER, ERNEST-GUSTAVE
    2 MAZEL, EUGENE
    2 MONNIER, JULES
    2 PAUL, SAINT
    2 SAUVAGE, EUGENE-LOUIS
    3 DAMAS
  • Tertiaires de l'Assomption
  • Tertiaires Hommes
  • 21 janvier 1851
  • 21 jan 1851
  • Nîmes
  • Collège de l'Assomption
La lettre

Séance du 21 janvier [1851]

Présidence de M. d’Alzon

Présents: MM. Durand, Monnier, Ferry, Sauvage, Laurent, Blanchet, Bastien, d’Everlange, Légier, Mazel, Blaud, Henri, Cayol, Boisson.

Le procès-verbal est lu et adopté.

M. d’Alzon complète les conseils pratiques qu’il a donnés précédemment touchant l’oraison (1).

IV. But de l’oraison – Il faut pénétrer plus avant dans le corps même de l’oraison. Mais si nous voulons avancer dans l’oraison soyons résolus à suivre la voix de Dieu, à l’écouter, à faire ce que nous aurons entendu dans le recueillement et le silence de notre âme. Si Dieu nous parle, traitons sa parole avec un profond respect, et soyons disposés à accepter ce qu’il nous dira. Premier examen sérieux: sommes-nous dans ces dispositions de soumission absolue et de générosité entière ?

Il ne suffit pas d’aller à la bonne, ne prenant que ce que peut supporter notre faiblesse. Il faut nous préparer à donner davantage. En rester là, conserver, dans une méditation réglée, ponctuelle, une certaine régularité d’oraison, se recueillir un moment, à une heure donnée, c’est en demeurer à un état d’attente, à une préparation, à une sorte de noviciat. Dieu veut plus.

Dans quelle mesure s’abandonner ? – Là-dessus il est impossible de fixer des règles. Chacun est appelé selon sa voie. Saint Paul, renversé sur le chemin de Damas, s’écrie: « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Et il est résolu à tout faire. On n’impose pas une générosité semblable. Ce qu’il nous suffit de savoir, c’est qu’il faut nous exercer sans cesse, avec une application constante, et dans un ferme dessein, à nous déposséder, à nous élever jusqu’à ce don sans réserve de tout notre être, à ne plus nous appartenir, à n’être plus, entre les mains de Dieu, que de dociles instruments. C’est là l’oraison consommée.

Que faisons-nous à cet égard ? Quel dépouillement acceptons-nous ? Si nous n’arrivons à aucun renoncement, nous n’aboutissons à rien. Notre oraison n’est alors qu’une vaine spéculation. Que si la perfection chrétienne est à la condition de cet abandon, de ce dépouillement, ne voyons-nous pas qu’il est utile, qu’il est indispensable de se broyer ainsi courageusement dans ses désirs, dans sa volonté; de dompter cette nature qui résiste toujours; d’arrêter ces perpétuels écoulements de l’âme vers toute chose qui l’éloigne de ces durs sacrifices, et où elle peut se retrouver, se reprendre. Oui, il en coûte, mais l’exemple est là devant nous. Notre-Seigneur agonisant au Jardin des Olives est l’image du chrétien qui lutte ainsi contre lui-même, contre les répugnances de son coeur. Oui, il en coûte, car il faut sacrifier l’admiration personnelle, l’amour-propre, les complaisances en ses désirs, en ses pensées, en ses idées propres. Comment faire à la lettre le sacrifice résumé dans la parole du Sauveur: Non sicut ego volo, sed sicut tu ? Ne nous dissimulons rien: c’est là où l’on doit arriver, c’est dans ces sentiments qu’il faut se placer. En passer par ces dégoûts; sentir sa volonté se débattre et ne pas la laisser se reprendre; ne point se refuser à ces destructions totales: voilà comment se fait le chrétien, ou plutôt voilà comment se fait en nous le triomphe de Dieu.

Cela bien compris, il s’agit de commencer. Ne nous inquiétons pas du temps qui sera nécessaire pour atteindre le but. Allons, agissons, sans compter avec les difficultés, avec les souffrances; et mettons-nous à l’oeuvre. C’est là encore une fois, l’oraison, toute l’oraison: un crucifiement de chaque jour. La méditation est une préparation à ce rude exercice, à ce solennel combat, à cet état violent de la nature qui s’étouffe elle-même. Mais elle n’est qu’un moyen: et, par là-même, elle reste insuffisante. Assurément Dieu ne demande pas de tous, au même degré, ces volontaires agonies. Tous ne sont pas appelés aux prodigieux combats des Antoine, des Paul, des Hilarion; mais, de plus près, de plus loin, tous doivent tendre là. Rappelons-nous seulement que plus nous aimerons, plus nous ferons; que moins nous aimerons, moins nous donnerons à Dieu, et plus aussi nous nous attarderons dans le progrès spirituel. Ce peut être là un christianisme honnête; ce n’est pas un christianisme animé par la foi et l’ardeur de la charité.

Conclusion – Voulons-nous rester à l’état de chrétiens vagues, indécis ? – Voulons-nous porter enfin des fruits ? – Quels sacrifices sommes-nous prêts à faire à Dieu ? – Quand nous déciderons-nous à ce large et héroïque sacrifice général de nous-mêmes ? – Quand voudrons-nous nous unir à Dieu, à Notre-Seigneur Jésus-Christ par un dépouillement absolu ? – Si nous nous sentons intérieurement excités à commencer l’oeuvre, voulons-nous la continuer jusqu’à ses dernières limites ? – En un mot: Voulons-nous écouter Dieu?

La séance est levée.

Notes et post-scriptum
1. Suit le texte reproduit par les *Ecrits spirituels*. Les sous-titres sont de ces derniers.