16 mai [1854]
Présidence du P. d’Alzon.
Le P.V. du 11 mai est lu et approuvé.
Le P invite les T. à méditer le Pax vobis de N.S. – Comment entrer dans cette paix, à notre égard, à l’égard des autres ?
I. A notre propre égard. Rendons-nous compte de la définition que saint Augustin donne de la paix. Pax est tranquillitas ordinis, c’est le calme qui vient rétablir en nous l’ordre, le calme en face la souffrance, envers l’épreuve, envers les peines et les tristesses. Nous nous troublons quand nous passons par là, nous nous désorientons: c’est que l’esprit de foi ne règle point nos pensées. Que devrions-nous dire en effet: « les événements, les circonstances sont pénibles: eh bien! ne suis-je pas, en définitive, un chrétien assez peu ordonné. Or, si la peine vient me rendre à moi-même, si je l’accepte comme un purgatoire, je fais de l’ordre en souffrant, en expiant, je rentre dans l’ordre qui n’existait pas en moi. N’est-ce point la paix, toute la paix, Tranquillitas ordinis ?
Remarquons l’effet de cette disposition calme, résignée, soumise. La souffrance semblait devoir être un obstacle à notre bien, nous la transformons au contraire, en moyen de sanctification, et par elle, nous nous purifions: quoi de meilleur ? La mort peut-être va venir: tant mieux, nous partirons pour l’autre monde purifiés, prêts pour le ciel. Consentir, d’un consentement simple à souffrir, voilà la paix. Tranquillitas ordinis, tout est remis à sa place. Le trouble nous arrivait, il en est sorti pour nous l’équilibre. Avons-nous à nous plaindre ?
II. Paix envers nous-mêmes, paix envers les autres. Portons la paix partout où nous sommes. Si nous sommes mariés, établissons la paix dans la famille; si nous ne sommes pas mariés, répandons la autour de nous. Arrivons à l’indifférence, à l’impassibilité chrétiennes.
Laissons tout tomber, susceptibilités, jalousies, rivalités. Soyons maîtres de nous. Mettons-nous entre les mains de Dieu comme un instrument pacifique et pacifiant. Qu’il y ait en nous, dans nos discours, dans notre silence, dans toute notre conduite, une aimable paix, et qu’elle se communique aux autres. Où est la source de cette paix ailleurs que dans l’imitation de N.S.J.C., ailleurs que dans la charité ? Et n’est-ce pas après tout la devise du T.O.: « le règne de Dieu dans les âmes, PAX VOBIS ».
Appliquons à cette pensée nos méditations: demandons cette grâce de paix, de suavité, de bienveillance, dans nos communions. Professeurs, dans nos classes, dans nos relations avec les élèves, apaisons beaucoup, laissons s’épanouir les coeurs; – Surveillants, soyons comme des fleurs de paix dans nos études, apportons à notre surveillance la charité des Anges gardiens. Pour arriver là retranchons tout ce qui détruit la paix en nous, diminuons, effaçons l’individualité! Egredere : utilisons ce mot d’un saint. Sortons de nous-mêmes, ne nous emprisonnons pas dans notre petitesse, oublions-nous. A l’imitation de J.C. acquérons, nous aussi, des mérites par l’effusion de notre sang, c’est-à-dire par l’immolation de l’esprit particulier.
Surtout que cela ne soit pas seulement de la spéculation, une vaine théorie. Demandons humblement, et sans cesse, pour nous, pour les autres, cet esprit de paix, de support, de bienveillance. Nous ne nous chercherons plus alors nous-mêmes dans nos actions, et nous aurons une influence effective, bonne, secourable, toute d’édification, parce que, dégagés de l’égoïsme, nous aurons fixé le principe de nos actions dans le seul amour.
La séance est levée(1).

