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Lundi 20 mars - Dieu tout-puissant ?

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« Je suis étonné de voir la place que prend, dans les oraisons, l’expression Dieu tout-puissant, me confiait un frère de ma communauté. De fait, de nombreux prêtres la remplacent par Dieu tout-puissant en amour ».

La toute-puissance divine désarme l’homme. Elle n’empêche ni les maladies, ni les épreuves, ni les injustices. Beaucoup, à l’exemple d’Ivan Karamazov ulcéré par la souffrance des enfants, préfèrent rendre à Dieu le billet d’entrée d’un royaume trop chèrement payé. Et pour François Varillon, « de toutes les flèches qui visent la foi chrétienne, celle qui prétend atteindre Dieu en sa toute-puissance fait le plus sûrement mouche ». Comment parapher la signature de ce Dieu invincible et ratifier les outrages du mal à l’œuvre dans le monde ? Si Dieu est omnipotent, les crimes se seraient alors accomplis sous ses yeux avec sa permission et sans son intervention ?

Premier attribut divin du Credo, la toute-puissance oblige à bien parler de Dieu et à savoir de quel Dieu il s’agit. Ce qui se joue ici, c’est la représentation de Dieu mesuré à l’aune de nos besoins, comme si l’homme refaisait Dieu à son image. L’homme se plaît à fréquenter un Dieu utile, empereur du monde qui le dédouanerait de ses responsabilités et gommerait la ligne de démarcation entre la souveraineté du ciel et la volonté humaine de puissance. En d’autres termes, l’homme attend de Dieu qu’il agisse à sa place et pallie ses limites. Or, si l’homme n’a jamais fait de miracle sans l’aide de Dieu, il arrive par miracle, que Dieu, pour faire les siens, attende l’aide de l’homme, dans le combat contre les injustices comme dans la souffrance.

Il est un événement où Dieu joue le va-tout de sa toute-puissance : la mort de son fils sur la croix. Tous attendaient que Jésus manifestât le signe tangible de l’omnipotence de Dieu en se sauvant lui-même. Il n’en fut rien. Pourtant, à ce moment ultime qui voit la mort d’un homme juste abandonné de tous, un centurion romain s’écrie : « Cet homme était le fils de Dieu » (Marc 15,39). La reconnaissance de la puissance de Dieu ne passe plus par une voix tombée du ciel mais par le cri d’un homme torturé. L’humiliation du Christ n’est pas un avatar de la gloire, « elle manifeste que l’humilité, signe de l’amour suprême, est au cœur de la gloire » (François Varillon). « La puissance est réalisée dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12,9) : retournement saisissant qui déjoue la ruse dominatrice du serpent, « Vous serez comme Dieu » (Genèse 3,5), et révèle l’amour fou de Dieu pour l’homme dans la fragilité la plus extrême, par et par-delà même la mort. Dieu acquiert la puissance et sa place dans le monde par son impuissance. En empruntant le chemin que Jésus a pris pour aller vers les délaissés de l’histoire, l’homme rencontre un Dieu qui se donne par la force de son amour. On n’intercédera jamais assez auprès de ce Dieu dans nos oraisons. Au Deus ex machina, nos impuissants impropères, au Dieu « Très-Bas » de Jésus Christ, la puissance de nos actes et de nos silences.

P. Sylvain Gasser (1)


(1) Extrait de 100 raisons de vivre en chrétien, p. 181, Sylvain Gasser, Bayard Editions, 2017.